21 août 2007
Foutus premiers prix
Contrairement à ce que le titre pourrait laisser présager à certains, je ne m'aprête pas à vous parler du premier prix au sens de vénérée récompense accordée à un quelconque vainqueur. Le premier prix qui m'intéresse aujourd'hui est tout autre : il s'agit des "premiers prix" de supermarchés, ces produits spécialement conçus pour toi, le pauvre.
Mais c'est quoi au juste les "premiers prix" ? Attends lecteur, la Eve va t'expliquer...
Pour que les pauvres aient eux aussi l'opportunité de faire leurs achats dans des magasins pour les riches plutôt que chez Lidl, et de s'y distraire comme s'il s'agissait d'une sortie à Disneyland, on a inventé les produits premiers prix. Des produits de médiocre qualité ayant le privilège de se retrouver alignés à côté de leurs semblables hauts de gammes estampillés de marques réputées. Egalement appelés "produits fins de mois", les produits premiers prix sont ce qur quoi on se rabat quand on apparteint à l'une de ces catégories : le pauvre tout court, le pauvre de fin du mois ou salarié moyen ayant géré sa thune comme un naze, ou encore le radin qui ne voit absolument pas l'intêret de dépenser plus.
Le produit premier prix se repère aisément dans un rayon. Non seulement parce qu'il est pourvu d'un emballage si insignifiant que tu ne peux pas le rater (genre le seul paquet blanc avec écrit "jambon" en grosses lettres à côté de dizaines de paquets colorés présentant d'alléchantes photos de mets savoureux) mais aussi parce qu'il est généralement repérable par une étiquette géante mentionnant "PREMIER PRIX", que le dirigeant du supermarché a pris soin de placer dans chaque rayon. Génial, te dis-tu, c'est sympa de nous faciliter les choses en nous indiquant clairement les articles. Sauf que c'est pas ça du tout : la grosse étiquette est juste là pour te rappeler que t'as pas les moyens d'acheter autre chose et que c'est pas la peine de parcourir le reste du rayon des yeux. C'est comme si elle te parlait et te disait : "Hé, toi le pauvre ! Te fatigue pas à mater le reste, le truc que tu peux te payer, il est là, juste en dessous !". En plus, les marques premiers prix sont souvent accompagnées de logos qui, eux aussi, te prennent largement pour un con de pauvre. Exemple : le pouce. Quoi, vous n'avez jamais remarqué ces produits avec un pouce géant sur l'emballage ? Le pouce, il est là pour te dire : "Hey baby ! Essaye-moi ce jambon non découenné et non issu des meilleurs morceaux et dis m'en des nouvelles ! ca c'est du jambon qui déchire sa race, vrai de vrai !!". Eh ouais, c'est comme ça. Le pouce te prend pour un con et te nargue. Tu sais très bien que le jambon en question sera pire que tout, plein de nerfs et de graisse et baignant dans la flotte. Mais comme t'es pauvre, tu le mets dans ton caddie quand même en prenant soin de le retourner. Parce que vu à l'envers, le pouce tourné vers le bas, non seulement tu sais à quoi t'attendre mais en plus, t'as carrément moins l'impression d'être pris pour une buse et tu regagnes même un peu de dignité.
Mais y a pas que les logos. Y a aussi les slogans. Dernier exemple en date, vu sur un produit vaisselle : "Bon et bon marché !". Un slogan tout droit sorti du grenier. Même ma grand-mère aurait pas été convaincue à son époque. Sauf qu'à 90 centimes la bouteille d'un litre, ben tu finis par te convaincre et par passer en caisse avec ton immonde bouteille géante de bon produit bon marché.
Depuis quelques mois, mon budget personnel n'en finissant pas de réduire, je suis devenue une experte des produits premiers prix. Je les repère en moins de deux sans avoir à me fier à l'insolente étiquette qui me dit "eh la pauvre, c'est là !". Parfois, il n'y a pas de premier prix pour certaines catégories, mais là encore, je suis devenue une pro du repérage de l'article le moins cher. Seulement, avant d'être pauvre, j'ai été moins pauvre. Je ne vais pas dire que j'étais riche, mais disons que je me payais le luxe de prendre du gel douche sans paraben, des poulets fermiers élevés en plein air, du bio à outrance, de la lessive écolo et de la charcuterie à la coupe. Maintenant, c'est largement différent. La lessive Maison verte et ses actifs naturels qui respectent ton environnement et la peau de bébé ont cédé la place à la lessive premier prix bleue fluo qui pue (véridique ! première fois que je tombe sur de la lessive qui pue. Deux jours que je cherchais d'où venait l'odeur immonde dans ma salle de bains et que je m'obstinais à chercher une probable couche de bébé égarée quelque part... Au final, je viens de m'apercevoir que ce qui pue, c'est mon linge propre étendu sur le séchoir. Et j'vous jure que je déconne pas...). Les Chocopops avec un pistolet à eau Shreck en prime se sont fait virer pour une incipide copie, sans cadeau au fond du paquet (du coup, la gosse en raffole carrément moins). Fini le shampooing bio au miel, la crème coco Catier bio et naturelle pour tes fesses et le dentifrice Weleda à la racine de chaipukelplante. Désormais, c'est gel douche par lots de 6 et paraben à outrance, le gel douche faisant d'ailleurs office de shampooing au passage. Idem sur la lavabo : finie la petite savonnette naturelle et bio qui sentait bon le patchouli, faut désormais s'habituer à l'effroyable tête de gosse estampillée sur chaque savon Cadum. Non seulement tes mains sentent la vieille dame mais en plus, la tête du mioche aux dents noires te fout les jetons à chaque fois. Le liquide vaisselle écolo à l'amande douce qui moussait bien et sentait bon est oublié, désormais tu as droit à la gigantissime bouteille de produit "bon et bon marché", tellement bon qu'il mousse pas (mais alors pas du tout !!) et ne lave que dalle. Tu vides donc la bouteille en deux utilisations et là, tu réalises que non seulement tu as perdu ton temps mais qu'en plus, tu vas devoir te tourner à nouveau vers ton liquide vaisselle de bourgeois et que tu viens de paumer 90 foutus centimes dans cet attrape cons de premier prix.
Bref, pour résumer, y a rien de plus triste que de faire les courses quand t'as pas un rond. D'ailleurs y a beaucoup de choses qui deviennent subitement moins palpitantes quand t'es fauché. Comme faire les magasins "juste pour regarder" (quelle connerie) ou garder le pain rassis, pas pour les canards, mais pour le recycler en chapelure. Bon, j'arrête là, je sens que je vais vous faire pleurer. Et si je continue, vous allez tous vous précipiter à ma porte avec des paniers garnis de boîtes de choucroute, de sucre en morceaux et de vinaigre (comme ceux qu'on était tout fiers de gagner à la kermesse de l'école étant gosses). Mais bon, si on peut même plus se plaindre sur son blog, à quoi ça sert d'avoir un blog, hein ??



