10 février 2008
Paris by night ou comment je me suis retrouvée en train de pousser une putain de bagnole à 4 heures du mat'
C'était une soirée qui avait bien commencé. Après une journée ensoleillée, quelques bières en terrasse et tout un tas de trucs cools que j'ai vaguement énuméré ici, mes nazes et moi on est allé bouffer près des quais avec une partie de la famille Warf. On a rebu des bières et plein de cafés et on a fait une pause joint/bonbons en guise de desserts, avec joint pour les sales fumeurs de joints et Michokos de la Pie Qui Chante pour les non fumeurs (pour moi quoi...). On a traîné près des quais et failli boire un mojito (encore eut-il fallu qu'on se pointe avant la fermeture de la péniche), on a bu un pichet de bière dans un pub, on a recommandé un pichet de bière dans ce même pub où la serveuse nous a fait l'affront de débouler avec de la blanche agrémentée de rondelles de citrons, ce qui nous a amené à la renvoyer au bar et, au passage, à nous barrer comme des chiens en douce, laissant la pauvre serveuse en plan avant qu'elle n'ait le temps de se rattraper avec de la blonde. C'est en grande forme que nous avons ensuite fait confiance à la Camille, cette pogoteuse parisienne qui perd ses badges et qui a un blog qui t'emmerde, pour ceux qui n'auraient pas suivi, et qui nous a conseillé de la rejoindre dans un bar rock'n'roll qui s'appelle Les Furieux. Au Furieux, y a des tabourets en peau de léopard, une affiche des Damned en 1977, des crêteux, des crânes rasés, des fringués customisés, des emo rock qu'ont l'air cons avec leur mèche gominée stylisée, des surlookés, des gens simples, et des trop bonnes meufs en robe léopard et fleur rouge dans les cheveux ou en pantalon léopard gris et t-shirt "lipstick" (private joke, cherchez pas). On a bu des pichets de bière (oui, encore...), on s'est contenté de la mauvaise musique qui, en l'occurence, n'était pas franchement rock'n'roll pour cause de samedi soir et de public hétéroclite, paraît-il, on a parlé concerts punk, concerts pas punk, rock, garage, salles de concerts, actualité scénique à Paris, non-actualité scénique dans le grand Est glacial, blogs cools, blogs de merde et blogs mieux que tout le monde comme les nôtres, par exemple.
En fait, je ne sais pas exactement à quel moment la soirée tranquille s'est transformée en soirée de merde. Je suis peut-être passée à côté de certains signaux qui auraient dû m'annoncer l'approche d'éléments perturbateurs merdiques pour venir troubler cette joyeuse insouciance houblonnée. D'abord, j'ai dû me résoudre à aller faire pipi dans des WC publics sales, avec pleins de microbes et une odeur de pisse à dégueuler, d'ailleurs en parlant de dégueuler, je me demande si c'était pas de la gerbe qui coulait le long des carrelages muraux. Rien que ça, ça a fait baisser ma joyeuseté du moment de 20% au moins, car tu sais que les microbes et moi, c'est toute une histoire. Après ma vaillante expédition pipi et mon combat de tous les instants contre les bactéries et autres monstres microscopiques est survenu le second épisode aussi futile que navrant : une embrouille pour un putain de verre de bière renversé par mégarde par ce naze de Ouin Ouin sur un pote à la Camille. Les deux protagonistes de ce jet de bière imprévu auraient pu juste s'en tenir là et reprendre une bière, comme l'aurait fait le commun des mortels dans un bar rock'n'roll à trois heures du mat', mais NON, il a fallu que le pote à la Camille fasse le pas cool en s'emportant pour rien et en nous parlant du gaspillage de bière pendant alors que des enfants meurent de faim dans le monde et que Ouin Ouin soit pas foutu de s'excuser, préférant dire à l'aspergé de ne pas venir le faire chier (ou un truc dans le genre). Bon, bref, malgré tout ça, on a réussi à conclure l'étape bar de façon positive, nous efforçant tous de faire retomber la tension à cause de cette putain d'histoire de bière renversée, parce qu'on est tous des gens cools et civilisés quand même, et que même si on n'est pas des sales hippies, on préfère le côté "Peace and Love" et la bonne ambiance éthylique aux engueulades de tout bourrés qui n'en finissent pas (hé Camille, j'espère que ton futur coloc' a bien compris qu'on était des gens cools, surtout moi d'ailleurs). De retour à la bagnole, tous bien nazes, carrément crevés, on se voyait djà devant la télé à comater devant une rediff des frères Bogdanov sur Arte ou sur un clip de Joe Dassin sur Paris Première avant d'aller nous pieuter comme des larves. Ca aurait pu se passer comme ça sauf que... sauf que, y a eu un élément perturbateur aussi inattendu que con à mourir. Et là, avant de raconter la suite, je ne peux de m'empêcher de me demander lequel de mes lecteurs et amis va se marrer le plus à la lecture du récit qui va suivre : peut-être Mario Warf qui va se féliciter de ne pas avoir fini la soirée avec nous ? Ou bien Denis le coach qui va se dire qu'on est de vrais gamins, des incompétents de la der, des sales gosses qu'il ne peut pas laisser sans surveillance et qui font des conneries dès qu'on les laisse sans surveillance ? Bref, assieds-toi lecteur et ouvre grand tes mirettes, je m'en vais te conter la bonne galère qui a ponctué cette soirée :
Tous dans la bagnole, Ramones et chauffage à fond. On regarde par la fenêtre comme des touristes de bases, on guette aussi les bagnoles de flics bien qu'on ait un chauffeur à jeun (parce qu'on est pas si irresponsables que ça quand même) et puis on roule comme ça, insouciants comme une bande de puceaux, pendant trois bonnes minutes, jusqu'à ce que la bagnole décide de plus rouler. Ouais, comme ça, stoppée net en plein milieu de la circulation pour cause de, oups... de putain de panne d'essence !!! Y a Ouin Ouin qui gueule parce qu'il avait dit à Manu de faire le plein et parce que c'est vraiment trop naze de rouler sur la réserve toute la journée, y a Oliv qui dit rien parce qu'il est complètement HS, y a Eve qui se marre parce qu'elle a pas franchement conscience de la gravité de la situation. Gravité mon cul, vas-tu dire... Et bien moi je t'emmerde, parce que je t'assure qu'une panne d'essence en plein Paris, à quatre heures du mat', c'est franchement pas drôle. C'est d'autant moins drôle quand t'es dans un quartier où y a absolument, j'ai bien dit A-BSO-LU-MENT aucun moyen de garer cette foutue caisse. Pas une place, nulle part. Pas de parking, que dalle. Aucun moyen de poser la caisse en vue de la récupérer le lendemain. Alors comme des cons, ben on pousse, parce qu'y'a pas le choix. Imagine donc un groupe de trois gros nazes constitué d'un qui gueule, un qui tient plus de bout et une nana aux bras maigres en robe léopard qui poussent une bagnole sur la voie réservée aux bus. Imagine leurs pauvres petits bras fatigués qui poussent pendant que deux voitures de flics passent successivement en ralentissant et en les dévisageant sévèrement sans prendre la peine de s'arrêter voire de ralentir, ne serait-ce que pour nous renseigner sur nos probabilités de trouver une station service ou de garer la chariotte (là, d'entrée, en écrivant ça, je sais qu'y a des flics blogueurs qui vont surgir et m'expliquer gentiment que les flics, y z'ont la vocation, qu'ils font leur job avec tout leur coeur, que leur truc c'est d'aider la veuve et l'orphelin, l'opprimé, le violenté, le rejeté et tutti quanti. Bon, j'annonce direct, on va pas rentrer une nouvelle fois dans ce débat, pas que je sois contre les débats et la liberté d'expression, mais bon, c'est mon blog alors j'ai quand même un peu le droit d'y écrire ce que je veux, comme par exemple : y a des bons flics, pis y a des cons, et moi, par malchance, j'ai jamais rencontré que des cons). Bref, revenons-en à nos vaillants petits Lorrains occupés à pousser une voiture le long d'une route qui n'en finit pas, bordée par des murs qui puent la pisse, avec un froid évidemment grandissant et un moral général decrescendo. En résumé, on a poussé, poussé, poussé, Ouin Ouin a insulté Manu une paire de fois, moi j'ai positivé en disant qu'on en rigolerait demain et que ça nous ferait des trucs à raconter à nos mômes quand on sera vieux, pis j'ai eu une vague envie de pleurer tellement j'en ai eu marre de pousser cette putain de caisse de merde et j'ai arrêté de pousser. Comme ça ouais, j'ai laissé la bagnole en plan. D'ailleurs on a tous abandonné, parce qu'on est pas bien courageux, parce qu'on en avait marre, pis parce qu'il faut savoir que la route sur laquelle on était, elle se trouvait pas vraiment dans Paris mais plutôt dans une autre dimension, une dimension parallèle, j'te jure, une dimension où les routes sont interminables et où, par conséquent, tu peux facilement passer une éternité à pousser ta 206 sans jamais arriver nulle part. Par chance, un élan de courage et de lucidité nous a ramené à la raison et le biinome Ouin Ouin/Eve est parti à l'aventure à l'aveuglette, dans l'improbable espoir de trouver une station essence, un taxi, une dépanneuse ou une voiture à voler. Pis devine quoi : à force de marcher comme des dingues, on a fini par tomber sur une station Total, ALLELUÏA !!
Youhou, à moi le Diesel !!! Sauf que... sauf que ouais, y a encore un putain de "sauf que" dans cette histoire... et là, tiens toi bien : on avait aucun récipient pour choper de l'essence. Rien, que dalle, pas même un gobelet de bière ou un pichet qu'on aurait piqué au bar, que dalle hormis nos putains de poches, et l'ironie de l'histoire, c'est que la voiture maudite abandonnée loin loin loin derrière nous était blindée de récipients en tous genres, de la bouteille de Coca vide aux canettes de Dark Dog...
Bref, je vais pas dire que j'en ai marre de te conter ma vie palpitante de connerie mais bon, il est quand même un peu 5 heures 30 du mat' alors tu m'en voudras pas et t'éviteras de me traiter de pas marrante si je t'annonce, là maintenant, que j'abrège la conclusion de ce récit. En gros, et pour résumer : après avoir encore galérer pendant un moment, après avoir encore marché beaucoup, après avoir réussi non sans peine à redémarrer la 206 de merde, après être repassés par chez total, après avoir roulé roulé roulé, ben on a fini par regagner le QG. On a retrouvé la télé, les clips de Joe Dassin et les cacahuètes. Et Ouin Ouin et moi, on est vachement fiers de nous et de nos performances quasi surhumaines pour un samedi soir arrosé, d'ailleurs j'ai suggéré que nos deux acolytes nous couvrent de cadeaux pour nous remercier et j'espère qu'ils en ont bien pris note (au cas où, je répète : le slim rose fluo que je veux est dispo au quatrième étage des Galeries Lafayette de Metz et il me le faut en 36. Ouin Ouin, il a dit qu'il voulait une pipe, je vous laisse vous démerdez pour lui dégoter ça.). Et là, j'en ai vraiment plein le cul, je vais me coucher en espérant que tu te seras bien marré en lisant cette démoule story, histoire que ça ait au moins servi à quelque chose.


