01 mai 2008
Comment je me suis faite avoir par mon propre embryon
Bon, avec mes conneries de buzz/contre-buzz/anti-buzz sur ma prétendue-improbable-vraie-fausse grossesse, je me rends compte qu'y en a parmi vous qu'ont toujours rien compris. Bon les p'tits chéris, je suis enceinte pour de vrai, le démenti c'était juste une vilaine façon de me foutre de votre gueule, parce que je suis une méchante fille torturée par ses hormones qui fait des choses absolument déraisonnable ces temps-ci, comme rêver de cornichons aigre-doux au petit déjeuner.
Voilà, maintenant que tout le monde il a bien compris et que tout le monde a noté dans son agenda "penser à cadeau qui déchire sa race pour Eve et son nouveau bébé rock'n'roll", on peut passer à la suite de l'aventure de Démolul'Girl et de son utérus bionique. On s'en était arrêtés où déjà ? Ah oui, on en était à : "Oh my god je suis enceinte même si c'est impossible je suis la fille la plus maaaalchanceuse du monde et aussi la plus fertile (note pour plus tard : vendre mes ovaires sur Ebay)".
Donc...
Confrontée à cette nouvelle des plus inattendues et des plus dingues, il a fallu prendre une décision, tu penses. Car Dieu soit loué (je parle du Dieu païen qui est en faveur de l'avortement), on vit à une époque où l'on peut toujours renoncer à se reproduire une fois que la chose est faite. Et là, y a des connes qui bondissent sur leur chaise et me traitent déjà de meurtrière sans coeur parce qu'elles sont "over" contre l'IVG. A elles, j'annonce direct que ce genre de débat n'est pas le bienvenu sur ce blog, voilà c'est dit. Moi, dans l'absolu, j'ai toujours été en faveur de l'IVG. Même si, paradoxalement, j'avais le culot de prétendre que je n'appartiendrais jamais à cette catégorie de femmes qui avortent au cours de leur vie. De la même façon que j'ai cru que je ne serais pas le genre de femme qu'on pourrait tromper et vice versa, qu'aucun homme ne lèverait jamais la main sur moi et que jamais de la vie je ne me reposerai sur de la purée Mousseline pleine de produits chimiques au lieu de faire une bonne vieille purée avec des vraies patates... Bref, une sottise sans nom. Car le coup du "ça n'arrive qu'aux autres" et des bonnes résolutions impossibles à tenir, y a longtemps que j'aurais dû piger que c'est du flan. Bref, tout ça pour dire que la décision, y a bien fallu la prendre et en l'occurence, le choix était vite fait.
Liste 1 : Bonnes raisons de garder cet embryon
- Tuer un être humain en devenir, même au stade larvaire, c'est mal
- A ce rythme là, plus que deux ou trois gosses et je peux concurrencer la Mano Negra en montant un groupe de rock avec ma progéniture
Liste 2 : Bonnes raisons de ne pas mener cette grossesse à terme
- Sujet bébé jamais évoqué avec le géniteur
- Pauvre
- Sans job
- Si bébé supplémentaire, serai sans job pendant les quatre prochaines années
- Si suis sans job pendant les quatre prochaines années, vais continuer à être plus pauvre que pauvre et ça, je vais pas le supporter
- Grossesse = ENFER. Pas prête à me retaper les nausées, les vomissements, les hémorroïdes, les seins douloureux, les jambes lourdes, les aigreurs d'estomac.
- Pas envie de ressembler à nouveau à une baleine
- 3 gosses de 3 pères différents, c'est un peu la loose. La partie de ma famille qui ne m'a pas encore reniée ne va pas tarder à le faire.
- Avec 3 gosses, fini les concerts tous les week-end vu que cet enfant là, il passera pas ses week-end chez son père (vu que le père, je vais essayer de pas le quitter ce coup-ci... et vu qu'il a pas intérêt à me quitter non plus vu que je suis la fille la plus formidable du moooonde eeeentier)
- Le sexe pendant la grossesse, c'est sport. Et moi, pas prête à mettre ma libido entre parenthèses
Bref, tu comprends qu'on a eu vite fait de peser le pour et le contre et, mis à part les arguments à la con qui, je te jure, n'ont finalement pas été pris en compte, on a jugé définitivement plus raisonnable de s'en tenir là et de demander au petit oeuf insignifiant agrippé à mon utérus de bien vouloir déménager sous peine d'expulsion. Alors je suis allée chez mon gynéco, comme une grande fille. La mort dans l'âme, certes. Car soyons bien d'accord, une IVG, c'est jamais simple, même quand tu t'efforces de te convaincre que t'as pas d'autres choix possible. Et autant dire que quand t'arrives dans une salle d'attente pleines de femmes enceintes qui se caressent le ventre pendant que le mari règle le caméscope, prêt à filmer l'échographie, tu te sens comme une toute petite merde et t'as juste envie de mourir. Bref... Mon tour arrive :
"Bonjour Docteur alors voilà, j'ai fait un test de grossesse positif et cette grossesse je peux vraiment mais alors vraiment pas la mener à terme parce que j'ai pas un rond voyez-vous et puis j'ai déjà plein de bébés même que le dernier est encore tout petit et que personne veut me donner de travail bref c'est galère c'est la loose totale...
- Calmez-vous madame, on va voir ça. On va faire une échographie de contrôle pour que je vous soutire 75 euros en moins de cinq minutes vérifier tout ça. Et puis ensuite, on mettra en place le traitementpour l'IVG médicamenteuse. Mais au fait, vous étiez sous pilule ?
- Oui.
- Ah. Il aurait fallu demander un stérilet !
- Je l'ai fait.
- Ah.
- Trois fois.
- Ah.
- Et vous me l'avez refusé. Trois fois.
- Ah... Bon... Passez à côté madame, déshabillez-vous jusqu'à la ceinture, on va voir ce que ça donne à l'écho."
Déculottage, allongeage sur la table d'auscultage (je sais que tous ces mots n'existent pas mais ça me regarde si j'ai envie de faire des rimes en AGE), enfilage de sonde le moins délicatement possible. Au passage, un mythe va s'effondrer pour beaucoup de lecteurs couillus : sachez définitivement messieurs que NON, ça ne fait pas du bien d'aller chez le gynéco., on ne prend pas notre pied quand il nous enfile un speculum ou une sonde ou nous fait un frottis, mais alors pas du tout.
"Alors, voyons... Aaaaah... Une bonne nouvelle pour vous madame.
- ??????
- Il n'y a pas d'embryon ! Vous voyez, il y a bien un oeuf mais cet oeuf a une forme anormale, ce qui implique qu'il n'est pas viable. Et à l'intérieur de l'oeuf, vous voyez, il n'y a rien. On devrait pourtant déceler un embryon mais il n'y a rien... Voyez... Je vais zoomer... Vous voyez, RIEN, juste des débris mais pas d'embryon. C'est plutôt une bonne nouvelle pour vous, non ?!!
- Bah oui, en l'occurence ça m'arrange plutôt bien.
- C'est parfait. Vous allez donc rentrer chez vous et attendre. D'ici quelques jours voire quelques semaines, vous allez faire une fausse couche. Vos règles vont revenir, ce sera juste plus abondant mais vous verrez, tout va se faire le plus naturellement du monde : cet oeuf, votre corps s'aprête à l'expulser de lui-même !
- OK. Vous me donnez quand même le traitement IVG ?
- Nooooooon, pas la peine madame. Vous comprenez, il s'agit d'un mauvais ovule qui a rencontré un mauvais spermatozoïde, l'embryon n'a pas pu commencer à se dévenlopper normalement, votre organisme ne va pas s'encombrer d'un oeuf vide. Inutile de prendre quoi que ce soit, la nature va faire les choses comme il se doit.
- OK.
- Bon, ça fera 75 euros à régler à la secrétaire, on se revoir dans six semaines pour contrôler que tout se soit bien évacué ce qui me donne un prétexte pour vous coller une nouvelle échographie à 75 euros tant qu'à faire."
Voilà, retour à la normale, tout le monde il est content : le gynéco, parce qu'il vient de faire une écho avec un dépassement d'honoraires pas négligeable histoire de rentabiliser son bel appareil écho 3D qui lui vaut d'être le médecin le plus demandé de la région (business is business), Eve, parce qu'elle n'aura jamais à vivre avec le poids d'une IVG ni avec la question fatidique "ai-je fait le bon choix", et Manu parce qu'il aurait jamais supporté une dépression post-IVG de sa Eve déjà sacrément arrangée des neurones, ni un troisième bébé alors que les deux déjà présents le fatiguent comme t'imagines pas. Tout le monde étant content, la vie reprend son cours normal, avec ses concerts, ses pogos, ses cruches de bière et toutes ces vilaines choses que tu fais pas quand t'es enceinte mais quand l'occurence, je pouvais faire vu que j'étais paaaas enceinte euh !! Evidemment, détail qui tue, je me ballade 24 heures sur 24 avec une couche pour mamie incontinente scotchée à la chatte des fois que la fausse couche libératrice ne déboule. Bah oui, faut prévoir ce genre de choses. Une fausse couche, ça te gache un concert comme un rien, ça te fout la honte à la caisse du supermarché, bref, c'est plus cool quand ça débarque et que t'es en jogging chez toi.
Pis j'attends. J'attends une semaine. Deux... Trois... A la cinquième, j'en ai marre de mes Vania géantes a fond du slip alors je rappelle le gynéco en lui disant que je suis quand même bien malade pour une femme enceinte de rien. Il dit que c'est normal, que mon organisme produit des hormones de grossesse, mais que je ne dois pas m'inquiéter, que ça peut parfois prendre un peu de temps. Bon, j'dis d'accord docteur, au revoir docteur et puis c'est tout. Et puis quelques jours plus tard, je fais ma Eve : je pète un boulon. J'en ai marre, je décide d'aller piquer ma crise aux Urgences de l'hosto pour me faire refiler le fameux traitement afin d'en finir avec cette histoire (n'oublie pas qi'à l'époque, je cherche du boulot donc éviter de se vider de son sang pendant un entretien ou une journée d'essai, c'est préférable dans l'ensemble). A l'accueil, je fais la fille désespérée, qui a du mal à supporter l'idée d'être enceinte de rien, je dis que psychologiquement c'est dur de se sentir enceinte sans l'être, bref, je suis une méchante petite manipulatrice qui joue très bien la comédie, mais j'assume. Du coup, on me reçoit en urgence pour m'administrer le fameux traitement. Mais évidemment, on me refait une écho, c'est obligé ce truc. Pour confirmer le diagnostic du gynéco génial et très réuté qui m'a diagnostiqué un oeuf clair et une grossesse non évolutive.
Sauf que l'interne qui me reçoit, elle me demande, perplexe : "Il a dit quoi votre gynéco ??!!" suite à quoi je lui refais le topos. Et suite à quoi elle tourne l'écran de l'écho en me demandant : "Ben ça c'est quoi alors ?". Et là, étant donné que je pleure en voyant une bestiole avec un coeur qui bat et qui fait du bruit, elle s'efforce d'être un peu gentille et m'annonce quand même que je suis à dix semaines minimum, peut-être plus. Que tout est normal. Que le diagnostic de mon médecin, bah elle comprend pas, c'est honteux. Et comme je pleure de plus belle, elle me dit que j'ai encore quelques jours pour me décider, quelques jours seulement car au cas où je voudrais pas le garder, faut compter le temps nécessaire à une visite chez un gynéco, puis à la clinique, refaire une écho de datation précise, faut programmer l'intervention ce qui peut prendre du temps (vu que, pour le coup, on passe de la prise de pilule magique qui fait tout sortir de ton corps à une bonne vieille dilatation à la barbare de ta chatte et à une aspiration de tout ce qui se trouve dans ton utérus... charmant et un rien éprouvant), bref, y a plus le temps de finasser.
Imagine-toi...
T'as trois jours pour décider du sort d'un tétard qui barbote gaiement dans ton corps, d'un petit saligaud qui s'est planqué à l'échographie pour être sûr de pas finir dans les chiottes...
Re-écho. Re-nouveau gynéco scandalisé par le diagnostic de Docteur Echo 3D. Confirmation de l'avancée de la grossesse : 11 semaines. Là ma grande, t'as plus que quelques jours pour tout gérer...
Y a fallu refaire une liste ma foi...
Liste 3 : Bonnes raisons de subir cet IVG
- Se reporter à la liste 2
Liste 4 : Bonnes raisons de ne pas subir cet IVG
- C'est trop de la barbarie pour ma pauvre petite chatoune d'amour
- Le micro haricot ressemble maintenant à un mini bébé. Ca craint.
- J'ai entendu son coeur battre. Si j'avorte, ce bruit va hanter mes nuits.
- Finalement, avoir plein de bébés, c'est assez rock'n'roll dans l'ensemble
Bref, voilà, la nouvelle est tombée : on le garde, même si on réalise toujours pas la chose, même si on croit que c'est encore un gros gag, même si je m'attends à une nouvelle erreur de diagnostic à chaque nouvelle consultation (du genre : "Voyons à l'écho... Tiens, ça alors ? Ben non, en définitive, y a pas d'embryon m'dame !"). Mais bon, le gentil docteur a confirmé qu'y avait un bébé dedans mon utérus. Même que maintenant, il a des bras et des jambes et il bouge. On voit déjà qu'il maitrise le wockènwoll. C'est pour ça qu'on l'emmène à Birmingham dans deux jours pour voir les Damned et les Rezillos. Le brave petit, quand on lui fera la liste de tous les concerts punks qu'il s'est tapé in utero, il va pas en revenir le brave petit.
PS : Avant qu'un connard me pose la question fatidique "Et tu vas l'appeler comment le petit ?". J'annonce : il s'appellera Rambo ou Conan. Et si c'est une fille, ben elle s'appellera Rambo. Ou Conan.
Et sinon, c'est le moment de préparer votre CB, je termine ma wish list de cadeaux de naissance. Et cette fois-ci, les cadeaux, je les mérite hein !!! Après tant d'exploit, pas me gâter, ce serait dégueulasse quoi.


