jeudi 12 mars 2009
Sniper for ever (une histoire vécue par mon père, avec des poules et un fusil dedans)
Je suis une fille de la campagne. J'ai été élevée au grain, dans une bourgade perdue dans le trou du cul du monde, une contrée reculée où la population bovine n'était pas loin de surpasser le nombre d'habitants. Et dans cette cambrousse, nous vivions évidemment à la campagnarde : je ne portais pas de sabots (ce qui est certes un comble pour une plouc lorraine), n'allais pas non plus traire les vaches, mais cela n'empêchait pas la famille d'acheter sa viande directement au fermier, de cultiver son potager (même que pour l'arrosage, on pompait l'eau du puit au fond du jardin) et surtout, d'avoir son propre poulailler à l'arrière de la maison.
Je dis "surtout" car c'est précisément ce point qui va nous intéresser : le poulailler.
Derrière notre baraque, mon père avait donc un poulailler. Avec des poules dedans, évidemment. Mais pas seulement. Car qui dit grain gratos dit aussi pique-assiette : en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, des rats se sont tout bonnement invités dans le poulailler pour profiter de l'open bar et se taper tout le grain des poules. Les rats ont trouvé cela si confortable qu'ils ont vite élu domicile au milieu des volatiles, se reproduisant à souhait. Et les rats, ça craint. T'as pas envie de croiser des saloperies de rats quand tu vas ramasser tes oeufs. Surtout qu'en l'occurrence, les rats ça fait pas dans le détail et ça se régale aussi bien du grain que des oeufs, ces enfoirés de petits bâtards.
Alors un jour, mon père est rentré et a annoncé ceci : l'heure est grave. Le poulailler est envahi. La vérité, ça craint du boudin. Non en fait, il a pas dit exactement ça ; ce qu'il a dit lui, c'était plutôt un truc du genre "Enculés de rats !!".
Et le père, il a cherché une solution pour les éradiquer. Pas le choix quoi, on allait pas laissé ces saloperies de rongeurs se taper nos omelettes et squatter le QG de nos poulettes (oh putain, j'ai fait une rime !). Alors le père, il a réfléchi et il nous a soumis son idée :
"Comme ces saloperies ont niché sous le béton fissuré du poulailler, je vais répandre du gaz sous le sol. Pis après, je vais tout faire péter au chalumeau, ça leur fera la bite à ces saloperies de rongeurs !".
Véridique.
Mon père, c'est John Rambo. En nettement plus marrant.
Pis bon, comme on a eu peur qu'il fasse sauter la maison quand même, on l'a dissuadé de mettre le feu au poulailler et on lui a suggéré d'opter pour une solution moins violente, comme le poison tiens. Et le père s'en est allé réfléchir à tout ça...
Non, en fait, il est pas du tout parti réfléchir. Il est parti chercher son fusil. Te marre pas, c'est véridique.
Il a attendu que la nuit soit tombée. Il ne s'est pas peinturlurer le visage en vert kaki, mais c'était pas loin. Il a chopé son fusil, s'est posté à la fenêtre de sa chambre et a vissé le silencieux sur le canon. Oui, un silencieux. Comme les tueurs à gage. Tu sauras désormais que mon père, vaut mieux pas le faire chier.
Et bref, posté à sa fenêtre, mon père s'est mis à mater les rats dans sa lunette à vision nocturne. Et dès qu'un maheureux rat se trouvait dans l'objectif : "Pfft !". Il se prenait une balle dans la carcasse. Et comme ça, papa a joué au "rat l'trap", petite variante du ball-trap, sauf qu'au lieu de gueuler "pool !", il s'efforçait de sauver les siennes... de poules (aujourd'hui c'est la journée du jeu de mots pourrave, je préfère te prévenir). Et ainsi, pendant une partie de la nuit, mon père ce tueur a dégommé les rats en leur collant une balle depuis la fenêtre de sa piaule. Rien de plus normal quoi...
Pis le lendemain...
Le lendemain on s'est mis à table. Et la mère, elle a servi de la poule au pot. Et bon, c'est pas que j'aime pas ça mais disons que c'était pas un plat fréquemment servi chez nous. Alors j'ai demandé à la mère : "Tiens, comment ça se fait que t'aies fait de la poule ?", ce à quoi elle a répondu "Demande à ton père !". Et mon père ce guerrier, trop fier de lui, il nous a raconté comment, en éradiquant les rats dans son poulailler, il avait malencontreusement buté une de ses poules. La balle a traversé un rat avant de finir dans la paillasse d'une poule, ouais je sais, c'est con pour la poule qu'avait rien demandé après tout.
N'empêche que le père, il était trop fier de lui : une balle et deux bestioles de butées. Trop fort. même Nicky Larson n'aurait pas fait mieux.
Y a pas à dire, papa, c'est le meilleur.
mardi 28 octobre 2008
Mon père, ce héros au cul bordé de nouilles
Découvrez Elvis Presley!
Bonne nouvelle lecteur, aujourd'hui on ne parle ni de couches sales, ni de glaire cervicale, ni de placenta pourrissant. Oui, tu peux le dire : "Alleluïa, Eve revient à la raison !". Remercie-moi donc d'avoir la délicate attention de choisir, en ce jour, de te parler de mon père vénéré, valeur sûre de ce blog avec laquelle on est rarement déçu.
Sache le, en plus d'être un poète et un homme très cultivé qui puise ses connaissances dans la revue La France agricole, mon pète est l'homme le plus chanceux du monde.
Bon ok, pas chanceux au point de gagner au loto ni d'ailleurs au point d'avoir un job cool et bien payé, mais chanceux au point de frôler la catastrophe à chaque fois et de toujours s'en sortir indemne ou presque.
C'est bien simple, statistiquement, mon père il devrait déjà être mort cinq ou six fois. Et pourtant, il vit toujours (maman, sois mignonne, évite d'ajouter "hélas" même si je sais bien que se farcir le père au quotidien, c'est bien souvent rude). Exemples...
Mon père, c'est un peu un homme des bois. D'ailleurs je me demande pourquoi je dis "un peu"... c'est un homme des bois tout court. Bûcheron, chasseur (oui je sais, allez-y, lancez lui des cailloux), exploitant forestier et champignoniste à ses heures, mon père se plaît à cotoyer le sanglier, les sous-bois et les morilles, même que le premier bâtard qui touche à ses coins à morilles, il risque de se prendre une bonne grosse mandale dans la tête (et les mandales de mon père, vu comme il est gaulé, y a moyen qu'elles te retournent le cerveau). Et bref, faut savoir que la vie d'un homme des bois est pleine d'embuches et très périlleuse.
Par exemple, y a eu ce jour où mon père roulait en tracteur dans la forêt (eh oui petit citadin, les tracteurs, ça sert pas seulement à transporter les meules de foin à la ferme), tranquille. Observant les arbres, tranquille. Longeant un ravin, tranquille. Se cassant la gueule dans le précipice. Tranquille.
Normalement, il aurait du mourir un peu. Parce que quand tu fais trois tonneaux dans ton tracteur, en général tu restes pas bien vivant. Sauf que mon père, faut croire que l'esprit ancestral du sanglier a décidé de veiller sur lui ce jour-là. Parce que cet esprit a planté sur la pente du ravin un arbre tout riquiqui mais supra costaud, un petit arbre de merde qui a réussi, on ne sait comment, à arrêter le tracteur dans sa chute. Ouais je sais, c'est magique. Y en a qui passent à la télé pour moins que ça. Sauf que mon père, il est pas passé à la télé, il est juste rentré en stop jusqu'à la maison et il s'est contenté de se la péter grave, quelques jours plus tard, quand le tracteur a été sorti du ravin et que l'assemblée présente a halluciné sa race en voyant ce qu'il restait de l'engin. Un tas de tôle quoi. Et le père, il a kiffé grave et il a savouré ce moment où il s'est senti proche du statut de super-héros invincible.
Autre exemple pour te montrer à quel point mon père a parfois le cul bordé de nouilles...
En tant qu'homme des bois, le père dispose de tout le matos requis pour tuer les gentils arbres qui n'embêtent personne (en plus d'avoir tout le matos pour tuer les méchants chevreuils, les détestables lièvres et les saloperies de faisans qui infestent nos forêts) : tronçonneuses, scies, haches et toute la panoplie du bûcheron qui se respecte (même la chemise à carreaux, c'est dire). Et un jour, v'là t'y pas que le père fait une fausse manip avec sa scie et que celle-ci a méchamment dérapé. Théoriquement, le père il aurait dû mourir ou presque. Disons que dans le meilleur des cas, il aurait dû rentrer à la maison à cloche pied avec une jambe en moins en compressant son artère pour éviter de se vider de son sang à grands jets.
Au lieu de ça, il est rentré avec le pantalon déchiqueté et pas une égratignure. Explication : "Putain de merde, une chance que j'avais ce putain de téléphone portable dans la poche, parce que la scie a ricoché dessus et a dévié". Comme quoi ça sert d'avoir un téléphone portable sur soi, y compris quand on ne sait pas lire ses textos comme le père.
Qu'un mec comme ça ait engendré une démoule girl comme moi, ça laisse perplexe ouais. Tu veux mon avis ? Moi j'dis que mon père doit être une sorte de mutant. Faut dire que ça expliquerait beaucoup de choses quand on y réfléchit.
lundi 25 août 2008
Les expressions du Père : quand y'en a plus, y'en a encore !
Puisque tu as aimé le Père dans "les expressions du père" et que je sens que t'en redemandes, je t'annonce que ça tombe bien parce que y en rena. Bon après on arrêtera hein, parce que ça va bien cinq minutes de se foutre de la gueule de son paternel, faudrait pas non plus abuser des bonnes choses (autant passer à autre chose comme me foutre de la gueule de ma soeur, par exemple).
Nouveau florilège des expressions paternelles :
"Tu pues tellement t'es con" : Expression suggérant que chez certaines personnes, la connerie atteint des sommets tels que cela en devient aussi incommodant qu'une mauvaise odeur. A inspiré d'autres expressions similaires également régulièrement employées par le père. Exemple : "tu pues tellement t'es fainéant".
"T'as beau faire et chier" : Contraction probable des expressions "T'as beau faire comme tu veux" et "faire chier". Signifie s'employer avec acharnement et difficulté à résoudre un problème en vain. Exemple : "T'as beau faire et chier, ta peinture elle tiendra pas si tu ponces pas ton meuble. Et tu ferais mieux de m'écouter au lieu de te branler la nouille". Cette expression est également employée pour signifier l'évidence même, suggérant alors qu'il est inutile de s'affairer à chercher une explication quelconque à certains faits tant ils s'apparentent à des évidences absolues. Exemples : "T'as beau faire et chier, si je me crevais pas la panse au boulot toute la journée, j'pourrais pas emmener ta mère en vacances deux fois dans l'année", "T'as beau faire et chier, les tomates du jardin elles sont quand même vachement meilleures que celles de chez Lidl", ou encore "T'as beau faire et chier, Chuck Norris il est plus fort que Steven Seagal".
"Fume, c'est du belge !" : Expression à associer au geste anti-glamour et quasi-obscène qui consiste à empoigner avec conviction ses attributs génitaux à travers son pantalon. Permet généralement de clore une conversation agaçante, de marquer le refus, le désaccord et le désintérêt pour une chose ou une personne. Une vidéo illustrant la gestuelle censée accompagner cette expression eut été de rigueur, je sais.
"Donne à un vilain, il te chiera dans la main" : Expression signifiant qu'il n'est pas utile de donner ou de rendre service à une personne qui n'est pas fiable ou pas digne de recevoir quoi que ce soit. Variante ; "Fais du bien au vilain, il te chiera dans la main".
"Chier dans les bottes" : Tourmenter, causer des ennuis en douce, mettre quelqu'un dans une situation aussi désagréable que d'enfiler des bottes qui seraient pleines de merde. exemple : "Si tu sévis pas avec tes gosses, quand ils auront quinze ans, ils te chieront dans les bottes !".
"A la sueur de mon cul" : Variante très personnelle de l'expression "à la sueur de mon front". "Ma maison, mes tracteurs et tout ce que j'ai, je les dois à personne. J'ai bossé comme un con pour avoir tout ce que je possède, je l'ai eu à la sueur de mon cul !".
"Avoir le diable dans le cul" : Qualifie un tempérament ou une attitude agitée. Exemple : "Tes gosses n'écoutent rien, ils ont le diable dans le cul !".
Et pour conclure en beauté sur le sujet :
"C'est fini l'temps du rock'n'roll" : Expression désormais emblématique ayant inspiré le titre d'un blog absolument formidable dont on suppose que certains textes feront l'objet de supports d'étude lors de la session du Bac de Français en 2072. Cette expression implique la nécessité de prendre sa vie en main avec tout le sérieux que mérite la chose, le rock'n'roll étant alors associé à l'insouciance, la débauche et les dégénérescences en tous genres et étant, par conséquent, emblématique de ce à quoi il faut tourner le dos pour mieux aller de l'avant. Exemple : "Tu vas encore traîner dans un concert alors que tu ferais mieux de faire ton ménage... non mais tu te crois où, c'est fini l'temps du rock'n'roll !", "Tu crois que tu vas réussir à rebondir toute ta vie en changeant de mec et de boulot tous les six mois ? C'est fini hein l'temps du rock'n'roll".
BONUS !!
En bonus track, comme tu es un lecteur sympa, voici en exclusivité un supplément intitulé "les expressions du père en chanson". Parce que le père, il ne se contente pas de reconsidérer et corriger à sa manière les expressions du quotidien, il en fait de même avec les chansons. Bon ok, la plupart du temps, il le fait pas exprès, mais bon...
Je suppose que tu connais la chanson de la légion "Tiens, voilà du boudin". Ca, c'est généralement la chanson qu'on chante quand on est tout bourré, mais alors vraiment tout bourré (en principe juste après "Chevaliers de la table rondeuh, goûtons-voir si le vin et bon..."). Petit rappel pour ceux qui ne connaitraient pas la chanson en question (comment c'est possible de pas la connaître au fait ?) :
"Tiens, voilà du boudin, pour les Alsaciens, les Suisses et les Lorrains. Pour les Belges y en a plus, pour les Belges y'en a plus, ce sont des tireurs au cul..." etc etc
Ben le père, rien à faire. Après toutes ces années, il continue, à la première occasion, à entonner cette chanson en disant : "Tiens, voilà du boudin, pour les Belges les Alsaciens, les Suisses et les Lo-rrains ! Quand y en a plus, y en a encore, quand y en a plus, y en a encore...!". Lecteur, je te JURE que ce que tu lis est authentique. Et la vérité, le père qui chante "Tiens voilà du boudin", faut que je le filme à l'occas".
Bon, c'est pas le tout mais j'ai pas que ça à foutre moi, j'ai un déménagement qui m'attend et des cartons qui risquent pas de se remplir si je continue à me branler la nouille devant mon PC. Sur ce, à tantôt lecteur.
PS : Ah oui au fait, je vends des super trucs sur Ebay car en cette nouvelle période de non-travail pour cause de pige rarissime, je suis méchamment à la cave sur mon compte en banque. Mais je reste fort dépensière, ce qui n'arrange rien. Alors avis aux fans et aux autres, je vends des trucs wonderful comme un bustier The Clash en vraie peau de léopard,un t-shirt Ramones mieux que tous les t-shirts Ramones que t'as pu voir, et des tas d'autres trucs. Alors dépense intelligemment ton argent veux-tu, et enrichis-moi par la même occasion. Merci, t'es mignon :)
jeudi 21 août 2008
Les expressions du Père : c'est cadeau !
Découvrez Joe Dassin!
Tu te souviens évidemment de mon père ce héros barbare, personnage pas triste qui fit jadis l'objet de plusieurs billets sur ce blog. Ben le père, ça faisait un bail que je t'avais pas parlé de lui et peut-être avais-tu fini par en déduire (allez va, fais pas genre, je sais que les lecteurs, ça aime ça, les déductions à la con) que j'étais en froid avec le paternel. Pour ta gouverne, sache que ce n'est pas le cas même si mon père et moi c'est un peu "je t'aime moi non plus" et qu'on est toujours plus ou moins en froid sans vraiment l'être (j'ai été claire là ?).
Bon, cette introduction pourrie étant faite, aujourd'hui je te propose, en exclusivité internationale, que dis-je, intergalactique ! ... les expressions de mon père vénéré. Parce que faut savoir que mon père, il a l'art d'employer des expressions que lui seul connaît, même qu'on sait pas d'où il les sort ou comment il a pu inventer pareilles conneries. Pis des fois aussi, il utilise des expressions qui existent pour de bon mais a mauvais escient et t'as beau le reprendre, il reste fidèle à ses habitudes et te cloue le bec en disant que "c'est pas parce que t'as fait des hautes études qu'il faut la ramener à tout bout de champ". Bref, voici un petit lexique des expressions du Père. comme ça, si un jour t'es amené à la côtoyer (mais j'en doute), tu pourras communiquer avec lui sans trop de difficulté. Et ce lexique, crois-moi, c'est cadeau et c'est carrément un cadeau qui vaut le détour (d'où le choix de la chanson et au passage je t'emmerde si t'as une dent contre Joe Dassin parce que moi je l'aime, même que j'ai pas besoin de me planquer pour l'écouter en douce, j'assume à donf' !)
"Clac clac boum boum" : Expression synonyme de "vite fait bien fait". Signifie l'idée qu'une tâche a été accomplie avec rapidité et efficacité, et que le père peut être fier de lui. Exemple : "Pour restaurer ce meuble, c'est pas compliqué : tu ponces, tu laves bien, un coup de peinture et clac clac boum boum, c'est réglé" ou "Si ce connard continue à me prendre la tête, je lui défonce sa gueule, comme ça clac clac boum boum, on en parle plus".
"Se branler la nouille" : S'adonner à une activité futile alors qu'il eût été recommandé de travailler ou de faire quelque chose d'utile. Expression qui a l'avantage d'être utilisée aussi bien avec un interlocuteur masculin que féminin, le terme "nouille" étant assez vague sur la partie du corps à laquelle il réfère. Exemple : "Quand t'auras fini de te branler la nouille, tu pourras peut-être venir m'aider à rentrer le bois" ou "Si t'avais passé des concours au lieu de te branler la nouille à la fac, tu serais p'tetr pas au chômage à l'heure qu'il est."
"Au bal des cons, t'auras pas froid aux pieds" : Façon soit disant subtile de souligner la bêtise d'une personne en espérant qu'au fond, l'interlocuteur ne percevra pas le sens de cette expression. Pourrait être effectivement efficace dans le genre sarcastique si le père ne se sentait pas généralement obligé de justifier cette expression en s'embrouillant dans ses explications : "T'as pigé hein ? Si je dis qu'au bal des cons t'auras pas froid aux pieds, c'est parce qu'au bal des cons, vu que c'est un bal et qu'y a que des cons, et que les cons ils dansent, ben ils ont pas froid au pied, vu qu'ils dansent, et du coup si je dis que toi non plus t'auras pas froid aux pieds, ben ça veut dire... que t'es con quoi.".
"Aussi con que ma bite est mignonne" : Exemple : "T'es aussi con que ma bite est mignonne". CQFD.
"Avoir fait les hautes écoles" : Se dit de quelqu'un qui la ramène un peu trop au goût du Père et surtout, qui le contredit avec un peu trop d'aplomb pour que cet affront puisse être toléré : "C'est pas parce que t'as fait les hautes écoles que tu dois la ramener tout le temps", "c'est bon hein, j'peux me tromper, j'ai pas fait les hautes écoles moi madame !".
"Immaculé de tâches" : Ayant fait les hautes écoles, je suis en mesure d'affirmer que cette expression ne veut rien dire du tout. Mais le père n'est pas de cette avis. Aussi se plaît-il à faire remarquer à mes gosses, à table, que leur bavoir est "immaculé de tâches". No comment.
"Bâtards de gosses" : Expression désignant ses petits enfants. Exemple : "T'as rien d'autre à foutre un mercredi que de venir te branler la nouille ici pendant que tes bâtards de gosse foutent le caillon dans mon salon ?!". Oui je sais, il est mignon le Père.
"Faire hippocampe" : Exemples :"Je suis vachement fier, ma fille a été reçue en hippocampe après son Bac." ou "Avoir fait hippocampe pour finir vendeuse de godemichets, c'est honteux". Tu l'as compris : hippocampe = hypokhâgne.
"Caramougna" : Expression issue du patois lorrain et désignant à l'origine un étameur ambulant. Utilisée par le père pour désigner quelqu'un dont l'aspect est fortement négligé ou qui se laisse aller. Exemple : "Avec tes rangers en plein été, on dirait une vraie caramougna", "Dis à ta gosse d'enlever ses cheveux de sa figure quand elle est à table, on est pas chez les caramougnas ici !", "T'as vu les tâches sur ton devoir de maths ? C'est un vrai travail de caramougna ça.".
"Mimi Turin" : "Ce soir y a Joséphine Ange gardien avec l'autre conne de Mimi Turin". Ne me demande pas pourquoi il s'obstine à appeler Mimi Mathy "Mimi Turin", toute la famille s'est penchée sur la question sans obtenir d'explication. Peut-être qu'on devrait emmener papa chez le psy en fait.
Bon, on va dire que ce sera tout pour aujourd'hui. Parce que je veux pas dire mais pour une fois j'ai du vrai boulot à fournir (oooohh !!) pour quelqu'un qui va peut-être me payer pour écrire (aaaaaahhh !), alors on serre les fesses et on me souhaite bonne chance, en me remerciant d'avoir consacré une page de rigolade à mes gentils lecteurs malgré le travail qui m'attend (et pour lequel je suis sacrément à la bourre, ça commence mal).
lundi 10 mars 2008
Elections, poils au fion
Bon ok, j'entame la semaine avec un titre nul à chier mais bon, on fait c'qu'on peut hein !
Prépare-toi lecteur, pour la very first time, on parle politique sur Ma Vie Rock'n'Roll. Meuh non, j'déconne... rassure-toi, on va en parler rien qu'un tout petit peu et ramener ça aux élections qui m'ont directement concernées, fidèle à mon égocentrisme légendaire. Pis en même temps vu que ceci est mon blog, j'aurai plus de facilité à te parler de mon vote et de ma ville plutôt que du taux d'abstention à Trouducuville ou ailleurs. Conclusion : tout cela n'est pas si égocentrique, simplement légitime.
Bon, que je t'explique... Moi, j'ai fait des infidélités à Metz et je n'ai pas voté dans ma ville. Ceci dit, mes chers concitoyens ont laminé la gueule à ce gros naze de Rausch au profit du candidat socialiste. Ce qui fait bien plaisir quand même parce que le Rausch, c'est un peu le mec anti rock'n'roll par définition et y a rien qui lui fait plus plaisir que de faire fermer les bars à concerts en leur faisant comprendre qu'ils n'étaient pas vraiment les bienvenus dans cette belle ville de bobos que Metz est en train de devenir. Le gros Rausch, il embellit sa ville, il met des millions pour faire de jolies places piétonnes et pour rendre les beaux quartiers encore plus beaux. En gros, si t'habites dans un quartier populaire, t'es guère concerné et puis si t'as pas assez de thunes pour te payer un garage en centre-ville, ben t'as plus qu'à le maudire et à chialer parce que maintenant, à Metz, se garer c'est opération Ushuaïa. Bref, tu penses bien que le Rausch, on est tous bien contents de le voir devancé par ce cher candidat socialo qui l'a bien mérité. Ca lui apprendra à balancer à toutes les caméras TV qu'il est sûr d'être réélu. Et bé non Jean-Marie, tu l'as dans l'cul ! Affaire à suivre...
Bref, moi, j'ai pas voté à Metz car je suis encore inscrite sur les listes électorales de ma bourgade natale où chaque voix vaut évidemment son pesant d'or, compte tenu du nombre total d'électeurs qui avoisne les... pas grand chose. Pis faut surtout savoir que dans mon fief, y avait un candidat incontournable qui comptait à donf sur ma voix : le père ! Eh oui, après deux mandats dont un en tant qu'adjoint, le père se représentait au côté de ses acolytes, bien décidé à faire la nique à tous ces cons de fachos qui peuplent le village et puis aussi à tous les cons en général. Le père, c'est un peu le Walker Texas Ranger du village, cherche pas...
Quelques jours plus tôt, le père me faisait part de ses instructions concernant ces élections. Des fois qu'à vingt six ans, je ne sois pas capable de voter toute seule... :
"Bon, on a droit au panachage là. Alors tu
barres des noms si tu veux. Djà tu m'fais l'plaisir de barrer @*%§£
(pour la sécurité de ma famille, je ne cite pas de nom) qui est rien
qu' !§%**$¤&# (pour la dignité de ma famille, j'évite de
retranscrire les propos peu flatteurs qui qualifiaient la personne à
barrer). Mais tu barres bien hein, fais gaffe !
- Bah, je barre quoi...
- Putain, tu m'écoutes un peu !! Tu barres comme ça, bien horizontalement, comme si t'avais une règle (esquissant le geste dans les airs)... vooooiiilàààà, tu barres bien, nickel, propre. Parce que si tu barres mal, ça va compter pour un nul.
- Oui j'ai compris, je barre.
-
Dis pas "je barre" comme ça, j'suis en train de t'expliquer ho ! Bon...
tu gribouilles pas le nom hein... pis tu fais gaffe de pas barrer le
nom du dessus sans faire exprès, ni le nom du dessous. Tu fais un beau
trait horizontal bien propre.
- Oui papa, je crois que je saurai m'en sortir toute seule...
-
Bon, écoute... Le plus simple, c'est que j'te fasse ton bulletin. Comme
ça t'auras plus qu'à passer à la maison et à prendre ton bulletin tout
prêt pour le mettre dans l'enveloppe."
Et ça a pas loupé. Je suis arrivé chez les parents et mon bulletin soigneusement préparé par le père m'attendait. Il ne me restait plus qu'à le glisser dns l'enveloppe puis dans l'urne, et je t'avoue que l'espace d'un instant, j'ai eu peur que le père me donne le mode d'emploi quant à la façon d'introduire un bulletin dans une enveloppe.
Bon, tu veux savoir si le père a été élu président de la République ? Ben non, c'est raté pour le premier tour, à un poil de cul près. On attend le second tour et d'ici là, je plains la mère qui va devoir se farcir la mauvaise humeur du père contrarié par tous "ces cons de fumiers faux-cul" qui n'ont pas voté pour lui. Et au fait, p'pa, d'ici la semaine prochaine, faudra que tu m'expliques la technique de l'introduction de l'enveloppe dans l'urne... des fois qu'y ait une subtilité qui ait échappé à mon jeune âge.
Là, tu vas m'aimer. Parce que là, moi j'décide qu'on va tous cliquer et voter Gogol ! :
Edit : Ca n'a rien à voir mais d'avance, je vous préviens que c'est pas la peine de chialer parce que vous n'êtes plus dans mes liens. Ben oui, je relooke mon blog ces temps-ci et du coup, j'ai viré ma liste de liens qui était devenue aussi longue qu'illisible. Ca veut pas dire que je n'aime pa ceux qui n'y sont plus ni que je ne les lis plus... J'ai juste gardé mes zamis dans la vraie vie histoire de faire plus simple, et puis aussi les vieux de la vielle, ceux que je lis depuis les premiers pas de leur blog et qui vice versa. Pis avoue que maintenant, c'est vachement plus mieux, on y voit plus clair et tout et tout...
jeudi 22 novembre 2007
Joyeux a-nni-ver-saiiiiire le pèèèèère !
Le père va m'en vouloir, une fois de plus. Faut dire qu'aujourd'hui, c'est rien que son anniversaire, au père. Et sa "fille indigne" n'ayant pas payé sa facture de téléphone, il ne risque pas de recevoir de gentil coup de fil de ma part lui souhaitant un joyeux anniversaireuuuh mon papa d'amour !! Et comme il ne sait pas allumer un ordinateur et encore moins accéder à mon blog (une chance quand on y pense, s'agirait pas que papa lise les comptes rendus de mes virées au bar ni ne soit informé de ma formidable collection de quéquettes vibrantes), c'est pas non plus grâce au ouèb qu'il saura que sa grande fille ne l'a pas oublié. Pas grave, s'il me bassine avec ça et me traite de sale gosse qui ne pense même pas à l'anniversaire de son vieux père, je pourrais toujours lui claquer cette page dans les dents en le traitant à mon tour de père indigne qui la ramène sans savoir de quoi il parle.
Et le père, il a 50 ans. 50 berges, ça déconne pas bordel, ça sent la grosse totale pour fêter ça. Alors la mère, bien que deséspérée par le père qu'elle envisage de quitter depuis environ 25 ans, elle est vachement sympa et elle a prévu de lui organiser une fête avec toute la famille et tous ses potes. Elle a contacté les invités et prévenu le traiteur, et puis pour le reste, elle a un peu délégué. Alors du coup, ce sont ses enfants géniaux qui se chargent de mettre l'ambiance.
D'abord, comme tu as pu le constater direct d'entrée, mon petit frangin et moi on a fait des putains d'invitations en bidouillant une photo du père où il ressemble à un vieux rital mafieux. Et le père, quand il a vu le résultat, il a juste dit qu'on était vraiment trop cons, parce qu'il est pas forcément pour les fioritures et qu'il estime qu'une bonne vieille carte de visite traditionnelle aurait fait l'affaire. Pis il a aussi ajouter qu'on aurait au moins pu prendre la belle photo de son permis de conduire, celle où il est jeune et sexy et où il ressemble à paul Mac Cartney (ça, c'est son intime conviction... en vérité, sur cette photo, il ne partage avec Paul Mac Cartney que l'horrible coupe de cheveux sixties). Et puis le père se préoccupe aussi très sérieusement de ce que lui réservent ses gosses. Déjà, il nous a prévenus : "V'nez pas me faire chier avec vos guitares et vos instruments de musique, c'est fini le temps du rock'n'roll, bordel !!", sous-entendu : ne venez pas me casser les oreilles avec votre musique de sauvage (car pour lui, le rock c'est pour les sauvages). Alors nous, bons enfants qu'on est, on a demandé au père quel type de musique il voulait. mais comme il n'écoute jamais de musique le père, et que sa culture musical se résume au néant, il est bien emmerdé. Du coup on le chambre et on lui a promis qu'on mettrait Movie Star de Harpo pour lui rappeler sa rencontre avec la mère, et là la mère lève les yeux au ciel en soupirant, façon de dire : "qu'est-ce que j'ai été conne quand je suis tombée amoureuse de ce gros naze qui se la racontait près du juke box avec ses chaussures italiennes de chez rafale et sa veste en cuir (en plus il ressemble même pas à paul mac cartney)". On lui a aussi dit que' si il était sage il aurait droit à J'ai encore rêvé d'elle, juste pour le plaisir de se foutre de sa gueule en l'entendant dire très sérieusement, à propos de la chanteuse de Il était une fois : "Qu'est-ce qu'elle était belle cette fille !! J'sais pas, elle avait un genre...".
Et puis tant qu'à faire, on en profite pour le chercher gentiment le père, du genre :
"Papa, j'ai le droit de mettre ma robe léopard rouge à ton anniversaire ?
- TU T'FOUS DE MA GUEULE ?!! J'te préviens hein, va y avoir mes copains hein... S'agirait pas que tu viennes sapée comme une... comme une clodo avec tes fringues de moitié punk hein !!
- OK. Et le pantalon léopard rouge, j'ai le droit ?
- ...
- Et la robe léopard pas rouge ?
- ... (regard méchant du père)
- Bon OK, j'arrête avec le léopard. Alors la robe new wave année 80 qui fait honte à tout le monde sauf moi ??
- Ferme voir ta gueule au lieu de dire des conneries (quel poète ce père !!)
- Bon Ok papa, t'as gagné. Je mets ma robe 50's qui me donne l'air de sortir de Grease.
- ... (regard sombre)
- Et la soeur, elle mettra un décolleté jusqu'au nombril pour sortir ses nichons avec une mini jupe à paillettes, et elle dansera la Tectonik aussi !."
Et la soeur se marre et le père secoue la tête en s'allumant une clope (car depuis peu, le père crapote) et en disant : "Qu'est-ce que vous êtes cons...".
Le père, il est tellement inquiet qu'il veut s'assurer qu'on ne prévoiera rien de politiquement incorrect à son anniversaire. Alors on lui demande si un spectacle transformiste c'est incorrect ou si une pute sortant d'un gâteau géant c'est incorrect, et lui il nous regarde avec son air désespéré en se demandant si c'est du lard ou du cochon. Mais comme il se fait du souci le père et qu'il faut le ménager, on sait aussi le rassurrer :
"T'inquiète, p'pa, on te préparera rien que des trucs cool, t'as pas à t'en faire. Et dis, au fait, on a le droit de ramener du popper's à ton anniversaire ?".
jeudi 18 octobre 2007
Le père & Trivial Pursuit
Depuis que je suis môme, le jeu de société est une sorte d'institution dans ma famille. J'ai passé mon enfance à jouer à toutes sortes de jeux de société avec mes frères et soeurs, évidemment, mais aussi avec ma dévouée maman qui s'attachait à nous faire découvrir de nombreux jeux et veillait à ne jamais nous laisser gagner volontairement, de façon à ne pas nous donner de mauvaises habitudes, disait-elle. Chez mémère, on jouait au Scrabble, et chez nous, quand la mère était disposée à se prêter au jeu, on déballait gaiement le Trivial Pursuit, en édition familiale, tu penses bien. On a même eu l'édition Disney, avec des questions toutes faciles axées sur les dessins-animés du bon vieux Walt et adaptées au tout petit frangin. On y ajoutait les cartes Junior, pour la petite soeur inculte, et nous autres, on se la pétait grave avec les cartes Genius... Et maintenant qu'on est tous adultes ou presque, ben on joue tous autour du bloc de cartes Genius, sauf la soeur cadette qui elle, ne joue jamais, parce qu'elle trouve jamais aucune réponse et que ça la vexe jusqu'au trou du cul (et que les cartes Junior reste visiblement encore trop ardues pour elles).
Nos parties de Trivial Pursuit se déroulent à trois : la mère, le frère et la Eve. Le frère a le chic pour nous épater en répondant spontanément à des questions carrément balèzes et ça donne ça : "Bon, Lulu c'est à toi (je lis)... Ahahaha gros naze ! Si tu trouves celle-là, je veux bien me faire nonne ! Je lis : "qui a démontré l'inclinaison de l'écliptique sur l'équateur et l'a fixée à 23°51"... Prends ton temps tête de mort (ouais, le frère et moi on se donne des ptits noms affectueux), d'ici à ce que tu trouves la réponse, j'ai le temps de me boire une bière...". Et là, 2 secondes 28 plus tard, le frère annonce calmement, en s'emparant déjà du dé pour rejouer : "Eratosthène". Tant pis pour ma bière (et comptez pas sur moi pour aller au couvent). Le frère, il m'épate des fois.
Ensuite il y a la mère. La mère qui est assez forte dans l'ensemble, surtout dans la catégorie Cinéma et Divertissements car elle a le chic pour se souvenir de tout ce qui relève de l'audiovisuel depuis son enfance. Elle se la pète aussi dans la section histoire et me nargue en disant qu'elle connaît la réponse grâce à un roman de Juliette Benzoni ou Régine Desforges. "Ouais m'm'an, n'empêche que Benzoni et Desforges, c'est de la merde." "N'importe quoi...", "De la grosse merde même.", "Et alors...?", "Et alors les vrais historiens leur péteraient bien la gueule à ces deux grosses nazes avec leurs romans à deux francs six sous qui se revendiquent historiques"., "M'en fous, en attendant j'ai gagné un camembeeeert !!!".
Et puis il y a moi, qui m'en sors pas trop mal en général, qui me la pète considérablement sur les questions Art et Littérature ("Eve, à toi : quel roman commence par : "C'était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d'Hamilcar"". "Salammbô de Flaubert". "Putain c'est pas du jeu, tu connais djà les questions, chuis sûr que t'as lu les cartes quand tu les as mélangées !!", "va te faire foutre, je vais quand même pas me justifier d'avoir lu Flaubert et d'être cultivée ! Fais péter un camembert marron au lieu la ramener.") mais qui emploie une émergie considérable à éviter les cases oranges, étant totalement nulle dans la catégorie Sport ("Bon Eve, t'as fait 1. T'as le choix entre orange, orange ou orange. tu prends quoi, mouahahaha !!?", "Beeeeen... je passe mon tour... putain de merde...").
Mais il n'y a pas que nous, autour de cette table de Trivial Pursuit. Il y a aussi le père, tu t'en doutes. Le père qui ne veut jamais jouer parce qu'il estime avoir toujours mieux à faire (trier ses papiers, lire le chasseur français, se curer les dents avec un éclat de boîte de camembert en matant les prouesses de Jack Bauer à la TV ou celles de Chuck Norris dans Walker Texas Ranger). Alors il ne prend jamais de pion mais il la ramène tout le temps. Et le drame, c'est qu'à chaque fois, il tombe juste et il nous scie carrément les pattes. Exemple : "Que fabrique-t-on à Périgueux ?" nous : "Euuuuuuh, du foie gras ??". le père : "Les timbres, bande de cons.". Bah ouais, à Périgueux, on fabrique des timbres. Nous, scotchés. "Hé le père, comment tu sais ça ?", "Chais pas, j'ai dû le lire quelque part.", "Oui mais tu lis jamais.", "Si, j'ai dû le lire dans la France Agricole". ben ouais, les lectures du père se résument à ça : La France Agricole et le Chasseur français, revues auxquelles il est abonné. Il revendique aussi avoir lu un bouquin dans son enfance : les Patins d'argent. Alors d'après lui, toute sa culture émane de ces trois références... Cherche pas, c 'est un mystère. y aussi un autre truc qui nous sidère avec le père, c'est qu'il est incollable sur les questions Sport (ce qui m'amène à faire équipe avec lui dès que j'en ai l'occas'... Tu parles, pas folle la Eve). exemple : "P'pa, qui a gagné la médaille d'argent au lancer de disque aux JO de 1976 ??" "Wolfgang Schmidt". "Bah merde... c'est bien ça. "Cherche pas, j'ai dû lire ça dans La France Agricole...".
Mais des fois, le père accepte de jouer dans les règles et d'avoir son propre pion. Ces fois-là, en plus d'être méga relou parce qu'il ne peut pas s'empêcher de répondre aux questions de tout le monde avant la personne concernée, il nous gratifie de ses vannes douteuses à deux balles, qui sont toujours les mêmes depuis des années (il est comme ça le père : quand il trouve un gag, il l'amortit). exemple : quand son pion se retrouve sur la même case que celui de ma mère et qu'il doit le positionner au-dessus du sien, cela donne : "Hé, chérie, t'as vu ça, je te grimpe dessus huhuhu !! T'as compris... mon pion te grimpe dessus donc je dis que je te monte dessus quoi...", "C'est bon oui, j'ai compris pffffff...".
Tu vois lecteur, avec le père le Trivial Pursuit, c'est un peu la foire à la déconne mais en même temps on s'instruit. Merci la France agricole...
mercredi 10 octobre 2007
Papa veut me marier
Depuis que je suis à nouveau mère célibataire et, qui plus est, sans emploi, le père et moi, c'est redevenu assez conflictuel. Avoir une fille dans une telle situation, c'est mauvais pour sa réputation, comme il dit. Il ajoute même : "Je me suis pas crevé la panse toute ma vie à bosser pour devoir entretenir mes gosses ! Là, je devrais être tranquillement en train de me gratter les couilles au bord d'une piscine et au lieu de ça, je trime comme un diable au boulot pour combler ton découvert !!".
Que j'élève seule mes enfants, non seulement c'est mauvais pour son image mais ça l'est aussi pour sa santé. Car le père me tient également responsable de son manque de sommeil et des difficultés qu'il éprouve à s'endormir à force de penser à toutes les vilaines choses que je lui fais subir. Bref, c'est de ma faute à moi s'il n'a pas l'esprit tranquille.
Mais il y a bien un remède à ce mal insupportable auquel mon pauvre père est en proie : il faut que je me case, pour reprendre sa très chère expression. Que je me trouve un mari qui s'occupe bien de moi, comprenez qui ramène une paye et m'offre un toit. Et pour le père, pas question de jouer dans la demi-mesure, d'argumenter en faveur des célibattantes ou de lui faire croire en ces nouveaux concepts de couples indépendants, pour lui, la seule chose valable c'est le couple traditionnel, homme, femmes et gosses tous ensemble sous le même toit, avec un homme qui bosse dur et qui paye toutes les factures, et puis une femme qui bosse un peu aussi pour s'affirmer et se faire son argent de poche, tout en se tapant évidemment les lessives, la cuisine et le torchage de cul des gosses. Voilà, selon le père, la vraie vie c'est ça, tout le reste ne comtpe pas. Alors tu penses bien que moi, toute seule dans mon appart avec mes deux mômes, mon loyer que je peine à payer et les réponses négatives d'employeurs qui s'accumulent, je fais carrément tâche dans son projet de vie et il désespère de me voir un jour définitivement rangée. Alors le père, il a trouvé une solution : me marier.
Et figure-toi qu'il a un pote qui, justement, serait pas contre l'idée d'avoir une petite Eve dans sa cuisine et dans son pieu, même qu'il "est prêt à s'occuper des gosses même si ils sont pas de lui" (tu parles d'une nouvelle). Faut dire que le gars en question, ça fait des lustres qu'il espère me marier. on peut carrément parler de fixette en la matière et ça fait déjà quelques années qu'il nage en plein trip fantasmatiques, annonçant à l'occasion à qui veut l'entendre qu'il est sur le point de conclure avec moi (notez au passage que ce gars-là, je le vois jamais), d'emménager avec moi, de devenir un père pour mes enfants et tutti quanti. Ca a commencé y a deux ans quand il a solennellement demandé à mon père s'il pouvait m'inviter au restau et après qu'il m'eût fait son petit numéro de charme ou plutôt tentative de numéro de charme tellement naze que j'en ris encore rien qu'en y repensant :
"Tiens, il paraît que tu joues un peu de basse. T'aimes bien la musique alors.
- Ouais.
- Tu vas à des concerts ?
- Ouais.
- Et aux concerts, t'y vas avec ton petit-copain ? (note la façon totalement naze de demander si je suis libre ou pas).
- Non non, j'y vais avec mon frère.
- Ah ok... ! Moi aussi tsais, j'adore la musique... Surtout le zouk quoi, la musique des îles...
- (Nan, il déconne là, c'est une blague) Ah.
- D'ailleurs je connais une super boîte, ça s'appelle le Club des Iles, je peux t'y amener si tu veux.
- Ah ouais je connais, c'est pas la boîte où les tout bourrés se rabattent quand ils se sont fait refouler à l'entrée de toutes les autres boîtes du coin ?
- Euh... nan je crois pas...
- Si si c'est ça, je connais, je connais. Mais j'y vais pas, évidemment. Tfaçon j'aime pas les boîtes pis je suis légèrement plus punk que zouk.
- Ah... Et sinon t'aimes bien le restau ? Parce qu'on peut aller manger ensemble un de ces jours !
- Non j'crois pas, tfaçon j'ai pas le temps.
- Ah bon...?
- Oui, trop de boulot, trop de copies à corriger (oui, j'étais prof dans le temps, juste avant d'être vendeuse de godes). J'ai vraiment pas le temps.
- Ok ok... Et sinon t'aimes bien le shopping ?
- Oui évidemment.
- Moi aussi, j'adore. De temps en temps je me fais plaisir... enfin, à moi ou bien à ma copine si j'ai une copine hein... Bref, quand je vais en ville, je peux dépenser jusqu'à... (là, suspens, le mec semble faire un calcul dans sa tête et t'annonce en hurlant) 7000 francs d'un coup quoi !
- Ah...
- ... (Merde, là il croyait peut-être que pour 7000 balles de cadeaux, je me laisserais enfin sauter).".
Bref, depuis environ deux ans, le type revient à la charge régulièrement et s'informe auprès de mon cher papa de ma situation familiale du moment. Quand il m'a su maman pour la deuxième fois et heureuse en ménage, il a fini par se résigner et a organisé un voyage au Viet Nam pour aller y chercher une gentille petite femme, via une agence spécialisée. Il avait déjà les photos de la fille, son nom, et était prêt à la débarquer en France. Et puis, coup de théâtre, v'la t'y pas que la Eve se retrouve à nouveau célibataire... Ben le con, figure-toi qu'il a laissé tombé le trip Asie et retour à la case départ pour tenter de me mettre enfin la main dessus...
Papa il dit ça : "Avec lui, tu manqueras de rien ! Il est travailleur, super travailleur, son entreprise est très florissante, il a des contrats de tous les côtés. Pis il a deux maisons, des maisons gigantesques. C'est pas le genre de gars qui te fera chier, tu seras chez toi toute la journée pendant qu'il bossera, tu pourras t'occuper de tes gosses tranquillement. Tu sais hein, c'est pas un mauvais gars, tu seras jamais dans le besoin avec lui.
- Oui mais... NON.
- Mais bordel, tu mes les feras toutes !! Tu peux pas te caser une bonne fois pour toutes plutôt que de te faire sauter par des petits branleurs qui assument que dalle !! (quel poète ce père...) Il te faut un mec qui te prenne en charge, merde, un mec qui t'entretienne et qui t'offre un toit ! Case-toi donc que je sois enfin tranquille, bordel !".
Si quelqu'un a une solution pour faire comprendre au père qu'on n'est plus au 18ème siècle et que de nos jours, on n'échange plus sa fille contre un lopin de terre, qu'il me fasse signe, et vite.
Ca me fait penser à I don't wanna walk around with you des Ramones (ouaaaaais je sais, ça faisait longtemps qu'on s'était pas écouté un petit Ramones hein !!).
mardi 11 septembre 2007
Je veux travailler ! (et papa s'en mêle)
Cela fait officiellement un mois que je cherche du boulot. Un mois qu'il ne se passe pas une journée sans que je ne passe quelques coups de fils ou n'envoie quelques mails à mes relations, des fois qu'ils aient des amis ou des amis d'amis d'amis d'amis qui cherchent à embaucher quelqu'un. Quand ce n'est pas les coups de fil, ce sont les bonnes vieilles errances sur le site de mon amie l'ANPE armée d'un bloc et d'un crayon. Et c'est sans parler des CV et lettres de motivations envoyés et déposés ça et là sans jamais faire ma difficile. De toute façon, j'ai plus les moyens de faire ma difficile. Avec des aides dont le montant total ne couvre même pas mon loyer, j'ai intérêt à trouver un job et plus vite que ça !
Seulement voilà, personne veut m'embaucher. Parce que dans ma branche, c'est mort : côté web rédaction, on ne te propose plus que du bénévolat (géniaaaal !) et côté presse écrite, c'est déjà bien difficile de trouver quelques piges en habitant sur Paris mais autant dire que c'est carrément mort quand t'habites en Province, quelques part dans le trou du cul du monde. Pourtant je suis supra polyvalente, comme je le dis si bien. Je peux écrire sur tout, absolument tout !! Sur le sexe (déjà fait), sur la musique, sur la mode, la cuisine, sur les trucs de gonzesse, sur tout ce qu'on voudra bien me demander... Mais je trouve rien, que veux-tu...
J'ai donc tenter de me rapprocher de mon avant-dernière activité en date pour trouver un job en relation avec mes compétences. Ben dis toi qu'avoir été vendeuse de godes, si ça a le mérite de faire marrer les gens, ça t'apporte pas grand chose. t'as beau connaître tous les modèles de sextoys sur le bout des doigts, être incollables sur leurs subtilités et caractéristiques respectives, être capable d'argumenter sur ces joujoux, tests persos à l'appui, ben ça suffit pas à te faire embaucher dans un sex shop, aussi minable soit-il (à la place, ils préfèrent embaucher des "grosses nazes toutes moches qui connaissent rien et pigent que dalle" dixit Djoul... pfff, va comprendre...).
Avant ça j'ai été prof aussi. Non, c'est pas un gaga. Une prof reconvertie en entrepreneuse spécialiste du sextoy, c'est pas commun, je l'avoue. Mais bon, prof vacataire pas foutue d'avoir passé son CAPES... Peu de postes, tout le monde se bouscule pour y accéder, peu de chances au final.
Alors j'ai cherché ailleurs. J'ai cherché du n'importe quoi, n'importe quelle occupation quelconque : coursière, vendeuse dans un magasin de chaussures, animatrice dans un centre socio-culturel, assistante dans une morgue (ce job là, toujours pas de réponse... mais bordel, je le veux !!! ce serait le pied !). Résultat : que dalle. Trop diplômée il paraît. On préfère embaucher des étudiants ou des gens niveau bac. Toi, avec ta putain de Licence qui sert à rien, tu leur coûtes trop cher. T'as beau dire que tu t'en fous, que tu veux bien être sous payée et exploitée, que t'as juste besoin de ce putain de job pour sortir enfin la tête de l'eau, ils veulent rien savoir. Alors toi, ben t'as plus qu'à repartir chez toi avec ton beau grand CV qui sert à rien sous le bras... et à pleurer.
Mon bienveillant papa, qui me déteste un tantinet depuis que j'ai, je cite : "foutu ma vie en l'air en quittant mon mec alors que j'avais tout pour être heureuse" (on va éviter d'épiloguer sur la question), a décidé de prendre les choses en main et de faire appel à ses relations pour "me caser" comme il dit. Il a trouvé à me faire pistonner dans une grande boîte de la ville pour un travail de bureau quelconque. Bien payé, à deux pas de chez moi, le pied quoi. Sauf qu'ils ne voulaient embaucher qu'une personne tiutulaire du Bac au maximum. Alors papa m'a appelée :
"Bon, pour ton CV, j'en ai discuté avec ma copine qui te pistonne, on va le truquer.
- Gné ??!! Mais t'es dingue ?!!!
- On va enlever des trucs.
- (gloups) Mais je rêve...?! papa, qu'on ajoute des trucs sur un CV, je veux bien, mais qu'on en ENLEVE, c'est complètement naze !!! Comment je vais justifier les trous dans mon CV ??!!
- Ben tu diras que t'as pris quelques temps de repos.
- Ouais, génial, je vais expliquer que j'ai eu mon Bac, qu'après j'ai bossé trois semaines chez Mac Donald's et que finalement, après ça, j'ai décidé de prendre trois petites années sabbatiques pour regarder la télé...
- Sois pas con, t'as qu'à dire que t'as... ben que t'as eu tes enfants...
- Papa, mes enfants je les ai pas eus l'année de mon bac...
- Et alors ? Personne viendra vérifier !
- Non mais p'pa, faut arrêter les conneries, qui embaucherait une gonzesse de 26 ans qui a un CV proche du néant et qui revendique fièrement avoir passé toutes les années qui ont suivi son bac à glandouiller à la maison ??!!
- (là, le père, il gueule) Tu vas pas nous péter les couilles (sic) et chipoter alors que je me crève le cul à te trouver un boulot !!!
- Euhh... d'accord papa...
- Bon, ben j'enlève tous les diplômes après le bac. Salut." biiiiip.... biiiip...biiiip...
No comment.
Après, papa a rappelé :
"Bon, y a un problème avec ton CV...
- Sans blague...
- On a enlevé les diplômes mais on a laissé les études. Du coup va expliquer que t'as pu aller en licence sans avoir de DEUG...
- Quelle perspicacité... Pis t'as remarqué, au passage, que ça pouvait faire bizarre aussi que j'aie été prof avec un niveau bac...??
- Ouais c'est vrai... Ben du coup, faut tout enlever.
- MAIS PAPA, il va être vide mon CV !!!! Il restera plus que "équipière chez Mac donald's" et "vendeuse de brioche pour l'association du collège" !!!!
- Bon j'te rappelle, merde !" . biiiip... biiiip... biiiip.
Re-no comment.
Et puis papa, ben il a appelé une nouvelle fois :
"Bon écoute, finalement j'ai eu ma copine au téléphone. on laisse tomber pour ton CV truqué.
- Alleluïa !
- On va retransmettre ton vrai CV.
- Ok...
- Mais comme ils ont déjà eu l'autre, celui où j'avais tout viré, ben tu devras inventer un truc... Genre, tu feras la débile, tu diras que t'avais oublier quelques trucs dans ton CV...
- Quoi ?!! Tu veux que je dise : "pardon, moi être une méga grosse naze qavec le cerveau d'une huître, je vous ai envoyé un CV sur lequel j'ai oublié de noter trois diplômes et quelques années d'expériences professionnelles !"...
- Voilà...
- MAIS JE REVE !!!
- BON ECOUTE (le père gueule plus fort que moi). Si tu préfères continuer à te branler les couilles (papa oublie que je suis une fille, quand il est énervé) chez toi au lieu de bosser, tu te démerdes !!!". biiiiip.... biiiiip.... biiiiip....
Après ça, suis allée rendre visite aux parents. en arrivant devant chez eux, le père discutait avec des voisins devant la maison. Je me suis pointée, aimable et souriante avec mes marmots dans les bras. Et là, en guise d'accueil, devant tout le monde, j'ai eu droit à ça :
"Mais t'as vu comment t'es sappée !!!!! Des collants en peau de léopard et une mini-jupe... Non mais je rêve !!!!! Et tes saloperies de rangers dégueulasses aux pieds... !! Tu parles, comment tu veux trouver un travail avec la touche que t'as ma pauvre fille !!
- Euh, papa, je compte pas me pointer à un entretien d'embauche habillée comme ça, je sais faire des efforts quand il faut...
- Nan, t'es une bonne à rien, t'es une fille indigne, on dirait une pouf dans tes collants à la con. C'est fini l'temps du rock'n'roll !!!".
Là, il faut savoir adopter l'attitude la plus intelligente à savoir : fuir sans rien ajouter.
Il y a quelques jours, papa a passé un dernier coup de fil concernant son fameux projet d'embauche :
"Bon, ben finalement, ils t'embauchent pas.
- Ah.
- T'as trop de diplômes." biiiip... biiiip... biiip...
Tout ça pour ça.
Donc voilà, ceci est une annonce officielle : je cherche du boulot ! Si toi qui passes par là, tu cherches quelqu'un pour faire... je sais pas moi... répondre à ton courrier, décrocher le téléphone à ta place, repasser tes chemises, faire marrer tes gosses, écrire tes mémoires, écrire n'importe quoi, faire la potiche à une foire expo quelconque ou n'importe quoi, ben fais-moi signe, bordel !! Je veux travailler !!! (Mais les Betteraves, ben y veulent pas...)
mercredi 18 juillet 2007
Le père
Le père est insupportable. Le père ne sait s'exprimer qu'en gueulant. Même s'il ne sait pas pourquoi il gueule quand même. Et bien entendu, il cherche des prétextes pour expliquer ses coups de folie. Une miette sur la table suffit parfois, une porte qui claque aussi. Le père ne supporte rien ni personne et, avec l'âge, devient presque misanthrope. La mère dit qu'il est en train de devenir un vieux con...
Le père use et abuse des grossièretés. Il parle à la mère comme à un chien, se plaint sans arrêt de ses enfants irresponsables et de ses petits enfants qui "le font suffoquer" par leur simple présence. Le père n'en revient toujours pas que sa fille vende des sextoys au lieu de se trouver un vrai métier ou, mieux, un "beau" métier comme prof ou instit, parce qu'il était tellement fier quand elle était prof... "Quelle idée de vendre des strings et des godes quand on a été prof d'ailleurs... T'as vraiment qu'ça à foutre de ta vie...".
Le père a trois enfants. Il ne supporte pas les rangers de l'aînée qui dégueulassent son carrelage à chaque fois qu'elle vient. Ni ses jean's patte d'eph qui traînent dans les flaques d'eau quand il pleut et qui font "pas propre", ni ses jean's trop serrés qui lui font ressembler à un sac d'os comme il dit. Ni les t-shirt qui laissent voir un tout petit peu le bas du dos quand on se penche car "à force d'avoir les reins à l'air, tu vas attraper la mort !". Ni sa voiture toujours pleine de bordel et dont le siège passager est taché, même qu'il se demande ce qu'elle a bien pu foutre sa conne de gosse pour aller tacher un siège de voiture toute neuve et qu'on voit bien que c'est pas elle qui s'est serré la ceinture pour l'acheter cette putain de voiture, ni ses sorties en concert alors que quand on a des gosses, on ferait mieux de rester son cul à la maison avec son mari et s'occuper de son ménage, parce que "c'est fini le temps du rock'n'roll". Il ne supporte guère plus sa seconde fille et ses décolletés plongeants, ses "seins à l'air en plein hiver", ses faux ongles trop longs qui représentent un budget considérable, ses chaussures à talons qui abîment le plancher, sa consommation excessive de cigarettes qui coutent cher et qui font mauvais genre. Quant au dernier, le fils, il est logé à la même enseigne, ses pantalons larges, son "chapeau de blaireau" (ou de "branleur", selon l'humeur), sa guitare électrique, sa musique trop forte et ses sorties à toute heure pour aller fumer des clopes devant la maison avec les copains le rendant aussi insupportables aux yeux du père que tout le reste...
Le père picole un peu trop. Le père engueule la mère quand elle dépense trop en courses mais claque des fortunes en pinard. Le père est ouvrier et a toujours travailler en plus de son job d'usine. Il a acquis des biens, il en est fier, il a de quoi. Il a gagné tout ça "à la sueur de son cul" dit-il, là où d'autres diraient "à la sueur de mon front", mais le père est grossier, je vous l'ai dit. Il fait régulièrement le compte de ce qu'il possède et de ce qu'il lèguera à ses enfants une fois six pieds sous terre, en espérant que ses "cons de gosses vont pas bouffer la grenouille en moins de deux" (comprenez : revendre le patrimoine durement gagné "à la sueur de son cul"). Le père est magré tout un bourgeois refoulé. Il aime les signes extérieurs de richesse et la compagnie des gens riches dont il sait et aime se faire apprécier. Quand il emmène la mère dans un grand restau, il met son beau costard et de la gomina dans les cheveux. Cela lui donne un genre vieux beau mafioso qui plait parfois aux jeunes femmes (je ne citerai pas mes copines qui bichent sur mon papa), ce qui ravit le père. Un jour, au bar avec ses deux filles, le père se fait regarder de travers par un groupe de types qui s'imaginent apparemment qu'il s'agit d'un vieux bourré de fric et flanqué de deux minettes écervelées. Ca fait rire les filles et ça énerve le père. Le père a aussi une rolex et une pince à billet en argent qui ne sert à rien mais, qui, selon lui, est "la grande classe".
Le père est chasseur et collectionne les trophées de chasse. La tête empaillée du premier chevreuil qu'il a buté tronait déjà dans la salle à manger bien avant ma naissance. D'autres pauvres petites têtes l'ayant évidemment rejointe au fil des années. Quand Eve a environ 7 ans, il monte du sous-sol où il est occupé à vider un sanglier et montre fièrement à sa fille qu'il s'agissait d'une femelle pleine, lui collant sous le nez un petit marcassin en devenir qu'il venait de lui arracher du ventre. Il croit intéresser ses filles qui pleurent et lui en veulent. Bref, le père a des tonnes de défauts insupportables...
Mais le père est aussi un barbare comme je les aime bien, du genre no limit qui n'en fait qu'à sa tête. La semaine dernière, le père s'est fait flashé par les flics à deux kilomètres de chez lui. Ca l'a tellement énervé qu'il est ressorti de sa grange avec un grand panneau en bois sur lequel il a peint : "Attention, radar à 1 km", et qu'il a planté en évidence sur le trottoir. Quand j'ai 4 ou 5 ans, le père attache notre brave chien "Bouboule" à ma luge et crie : "allez, hue Bouboule"... Le chien décolle comme un fou, le traîneau s'envole, la Eve finit la tronche dans la neige... Le père rigole en se disant "merde, j'avais pas pensé à ça".
Souvent, le père nous fait bien marrer. Depuis quelques mois, il s'est mis à fumer. Il crapote comme un ado et peine à rouler ses clopes, il a déjà cassé trois rouleuses. Ses deux plus jeunes gosses essayent de lui expliquer comment avaler la fumée en se marrant, lui répond : "Vous m'faites tous chier" et continue de crapoter en tenant son mégot comme un joint... La semaine dernière, le père a découvert ebay et les joies des enchères. Il a déjà plombé le budget familial de 400 euros de vins. Bah oui, parce que c'est pas le tout mais sur ebay, d'abord tu gagnes et après tu payes. Il a aussi fait une super affaire en gagnant une enchère sur une bouteille de vin hors de prix, décrochée pour 1 €... sauf qu'il devra se contenter de l'étiquette et non pas du breuvage (on lui avait pourtant dire de bien lire les descriptifs). Le père s'ennuie parfois, alors il va faire des courses chez Lidl en pensant rendre service à la mère. La première fois qu'il a découvert les joies des discount alimentaires, il a blindé le frigo de pots de moutarde "tellement ils étaient pas chers". Il y a deux jours, il a remis ça avec des paquets de mouchoirs.
Le père aime faire des cadeaux à ses gosses. Quand ils étaient mômes, il leur a ramené un juke box qu'ils ont pu remplir des disques de leur choix. Lui, il a juste voulu mettre le 45 tours de Harpo, Movie Star, tube de l'époque où il draguait ma mère au bistrot avec sa belle veste en cuir, ses chaussures de chez Rafale et sa coupe soignée à la Beatles. En dehors de ça, le père n'a aucune culture musicale. Ceci dit, il aime bien Il était une fois et la si belle chanteuse du groupe (on ne rigole pas) et ne manque pas de nous le faire remarquer à chaque fois qu'une foutue émission de variété retransmet le clip de J'ai encore rêvé d'elle.
Le père ne lit pas hormis Le chasseur français, le républicain lorrain et la France agricole (bon allez, j'avoue, moi aussi je lis parfois le chasseur français, mais c'est juste pour la rubrique d'annonces de rencontre qui est à mourir de rire, vous n'imaginez même pas...!). Le père regarde peu la TV mis à part les infos vite fait, Walker Texar Ranger (et oui, c'est encore diffusé...) et 24 heures (fan de Jack Bauer). Il a peu étudié ayant quitté l'école à 15 ans pour aller bosser à l'usine. Ceci dit, quand on fait un Trivial Poursuit en famille, il gagne à chaque fois et nous impressione. On ne sait pas d'où il sort sa culture, on lui avoue qu'il nous épate. Alors pour nous faire rire, il dit qu'il l'a sûrement lu dans la France agricole...
Bref, c'est ça le père. Un personnage. Un bonhomme que si il existait pas, ben faudrait l'inventer.
Edit : Et pour ceux qui ne connaissent pas Harpo, ben y a plus qu'à cliquer...






















