mardi 4 août 2009
Dieu aime-t-il les pigistes ?
D'après toi, le bon Dieu, il aime les pigistes ou pas ?
Disons que je pose la question parce que là comme ça, j'ai l'impression que personne n'aime les pigistes.
D'abord, les journalistes n'aiment pas les pigistes.
Pire, le journaliste prend un peu le pigiste comme un scribouillard qui n'a pas été assez brillant pour faire une école de journalisme mais qui se prend pour un rédacteur quand même. A croire que celui qui parvient à se faire une petite place dans la rédaction sans être dignement passé par une quelconque formation journalistique serait une sorte d'imposteur. "Concurrence déloyale", qu'ils disent parfois les journalistes. Limite on accuse le vilain pigiste mange-merde (mange-merde car, faute de thunes, le pigiste accepte souvent des piges fort mal payées, ce à quoi le "vrai" journaliste ne s'abaisserait pas) de voler le pain du gentil journaliste en se bradant à tout va et en écrivant sur les sujets dont personne ne veut.
Mais bon, ça à la rigueur, que le journaliste dénigre les petits rédacteurs qui tentent de gagner leur vie dans leur coin, qu'il les traite de pseudo-journaleux de merde ou que sais-je, passe encore.
Ce qui est drôlement plus agaçant en revanche, c'est de voir le peu de considération que les professionnels ont généralement à l'égard du pigiste.
Déjà, sache que la règle d'or, quand tu es pigiste, es la suivante : en plus de t'excuser d'être arrivé dans la profession un peu par hasard, tu dois te faire à l'idée que tu vas devoir courir après ton fric, tout le temps. Car le pigiste n'est pas assez important, semble-t-il, pour être payé comme il se doit. N'importe quel ouvrier qui fait ses heures à l'usine reçoit sa fiche de paye et son virement en fin de mois, mais le pigiste, non. Le pigiste, s'il ne relance pas ses employeurs 10 fois minimum, jamais il ne voit la couleur de son blé. A croire que c'est une règle d'or dans le milieu : que tu bosses pour un site web, pour une grosse société, pour une petite boîte familiale, pour un magazine, ben quand tu factures tes quelques pauvres piges, tu te demandes si la direction se torche pas avec au lieu de mettre ta facture sur la pile des prestataires à payer.
Alors tu relances une fois, poliment, en t'excusant sincèrement, en disant à quel point tu es navré, et tu ajoutes même que c'est pas grave, que c'est sans doute un oubli de la part du service compta.
Et comme plusieurs semaines après, t'as toujours pa de réponse, tu relances à nouveau, poliment, en demandant où le paiement en est. tu souhaites une bonne journée, tu demandes pardon pour le dérangement, même deux fois pardon parce que t'es rudement poli, pis parce que face au redac chef, toi le rédacteur payé à la pige, t'es rien qu'un tout petit caca.
D'ailleurs c'est là, au bout de la troisième relance que tu prends conscience de ceci : t'es rien qu'une petite merde qui devrait avoir honte d'importuner les gens importants avec ta putain de facture. Merde quoi, tu fais chier avec tes quelques centaines d'euros, enfoiré de pigiste ! Tu peux pas comprendre qu'à la compta, ils ont d'autres gens bien plus importants à payer en priorité, bordel ?!
Ainsi, parfois... non, pas "parfois" mais souvent, quand tu parviens enfin à te faire payer, après un nombre de relances incalculable, tu te fais incendier en bonus. Genre "tu nous casses les couilles avec ta thune, lâche-nous le slobe à nous, les gens bien !". En gros, on te rappelle jusqu'au bout que tu es un petit larbin, que tu dois t'estimer content qu'on t'ait confié quelques articles et que précisément, tu ferais mieux de manifester un peu plus de reconnaissance au lieu de relancer le service compta pour un malheureux retard de paiement de deux ou trois mois.
Je te jure lecteur, pour le coup, je caricature pas.
Parce que tu sais quoi ? Ben à l'heure où je te parle, pour les divers articles que j'ai écrit de part et d'autres en mai et juin, ben j'ai rien que 800 euros qui se balladent dans la nature. Et pendant que moi je suis à la cave et que j'essaye d'expliquer gentiment à mon banquier et à l'huissier que c'est pas de ma faute si mes employeurs ne m'ont pas payée en temps voulu, ben mes employeurs, ils sont en vacances.
Normal quoi.
Alors d'un côté, t'as ceux qui t'envoient chier en t'expiquant gentiment que là, c'est les vacances, le soleil, la plage, les Cuba Livre et le sudoku sous le parasol, alors que c'est pas le moment de les faire chier, que t'attendras la rentrée pour toucher ton fric.
Genre toi, si tu comptais sur le blé que t'attends depuis plusieurs mois pour te payer ne serait-ce qu'un petit week-end au vert, ben tu peux te brosser. Et compter tes agios en attendant la rentrée, ça t'occuperas tiens.
Y a aussi les employeurs qui n'ont honte de rien et qui t'expliquent qu'ils ne peuvent pas te payer car les caisses sont vides. Genre toi t'as bossé, t'as écrit tout bien comme il faut sans jamais la ramener, t'as fait ton travail et tout rendu en temps voulu, mais au moment d'être payé, en plus d'avoir été un bon élève assidû, va falloir que t'apprennes à faire preuve de compréhension : les caisses sont vides, c'est la déroute, on ne sait pas comment te payer, fais un effort merde, aie un peu pitié si tu peux et comprends-nous !
Et toi, comme t'es trop bonne trop conne, tu comprends. limite tu compatis, tu te dis "oh les pauvres, ils sont fauchés", alors tu prends sur toi et tant pis si ta note d'huissier est passée du simple au double pour défaut de paiement à la date butoire... c'est pas de sa faute au pauvre employeur.
Sauf qu'un jour, t'apprends que le gentil employeur fauché, il s'est barré en vacances.
Ouais.
Donc on résume : apparemment, ça paraît normal à tous ces gens de ne PAS payer leurs prestataires. parce que c'est JUSTE des pigistes, merde quoi. Et écrire, faut croire que c'est pas vraiment du boulot, ça peut se passer de rémunération, ne serait-ce que dans l'immédiat.
Voilà, je te dis pas comment je suis de bonne humeur.
Je m'excuse depuis des semaines de réclamer ça et là mon propre fric. Je me fais engueuler si je deviens insistante. Et pendant ce temps, tous ces gens importants qui ne sont pas en mesure de me payer sont en vacances et me demandent de ne pas troubler la tranquilité de leur farniente.
T'sais quoi, c'est décidé : les piges, j'arrête. L'écriture, j'arrête. Le blog-qui-me-rapporte-rien, j'arrête peut-être (ou pas, comme d'hab).
Et à la place, je vais me trouver une autre activité.
Non, pas hardeuse, n'insiste pas.
Ni pute. Sauf si t'es millionnaire, impuissant, et prêt à me payer très cher juste pour me regarder toute nute en train de me tripoter les nénés.
N'empêche, j'ai un projet.
Un projet qui déchire sa race. Même que je croise les doigts, que je sers les fesses, et que je songe à sacrifier un chat noir et une vierge pour m'attirer les faveurs des dieux (dommage que la Blonde ne soit plus vierge depuis belle lurette) (Si si, Monsieur le papa de la Blonde, je vous garantis qu'elle n'est plus vierge, y a pas photo).
Et si tout se passe bien, je pourrai faire comme dans la pub des gagnats du Loto et envoyer chier tous ces gens en paradant en slip kangourou avec un masque de poulet sur la tête.
Fuck off.
Edit : Et je te fais grâce de te parler d'Efucking, le champion toutes catégories du foutage de gueule qui me doit du blé depuis 6 mois seulement. Eux, c'est bien simple, avec tout le fric qu'ils doivent à leurs prestataires, ils ont de quoi se payer des yachts, des putes et de la coke pendant tout l'été. Et il leur restera encore assez de thune pour ramener un collier coquillages en souvenir.
vendredi 8 mai 2009
Les gens, ils sont cons pour de bon ou ils font semblant ?
Tout le monde ne peut pas être intelligent. Ca, on le savait. Et si tel était le cas, ce serait pas drôle d'ailleurs : on ne pourrait plus se foutre de la gueule des pas futés et on serait obligé d'attaquer direct sur le physique.
Donc, c'est plutôt pas mal, dans un sens, qu'il y ait des gens un rien crétins, ne serait-ce que pour qu'on puisse se moquer d'eux. Oui je sais, c'est méchant. En même temps, si j'étais une gentille fille, ça se saurait.
Le problème avec les gens cons, c'est que des fois, leur niveau d'ignorance et de crédulité atteint des sommets tels que leurs réactions frisent parfois la pathologie clinique. Et dans ces cas là, toi le mec supérieur, t'hésites entre rire tout court ou te contenter de secouer la tête en pleurant. Parce que des fois, ça fait peur tellement ils sont bêtes les gens. Tellement peur que t'es obligé de leur chercher spontanément des excuses pour tenter d'amoindrir le choc suscité par tant de crétinerie. Tu te dis alors que c'est pas de leur faute, et t'essayes de comprendre comment ils ont pu en arriver là tant le surréalisme de la situation a parfois de quoi te laisser perplexe.
Et ça, à moi, ça m'arrive tout le temps. Littéralement sciée par le degré de connerie de mes lecteurs que je suis. Attention hein, je ne te parle pas du lecteur bête et méchant qui fout le merdier, celui là il est relativement rare, fort heureusement, et on sait de toute façon qu'on ne peut définitivement rien pour lui. En revanche, le lecteur con-con, le pas franchement futé, ben lui je peux pas m'empêcher de lui trouver des excuses pour tenter d'expliquer ses réactions. Même si des fois, ça dépasse l'entendement, faut bien l'avouer.
Par exemple, y a ce jour où j'ai reçu un mail très sérieux et très aimable d'une personne m'expliquant qu'elle était fan de Chuck Norris, tout comme moi (sic). Et que le rêve de sa vie, ce serait d'avoir une photo dédicacée de ce bon vieux Chuck. Aussi me demandait-elle si, en tant que fan inconditionnelle du Texas Ranger, j'avais des bons plans à lui faire partager pour dénicher ce petit bijou qu'est une photo dédicacée de Chuck Norris.
J'ai lu et relu ce mail. Et relu et relu et relu. Et vérifié l'adresse mail une bonne douzaine de fois, soupçonnant un des tarés qui me servent de potes d'avoir eu la bonne idée de m'envoyer ce mail dans le seul intérêt de pourrir ma boîte mail tout en faisant une nouvelle démonstration d'humour de merde. Mais non, après de nombreuses vérifications et plusieurs passages au Luminol, il s'est avéré que ce mail n'était pas un fake et avait bien été rédigé par un fan de Chuck Norris sollicitant mon aide dans sa quête de la sacro sainte photo dédicacée.
Alors je me suis interrogée sur ce qui pouvait laisser croire que j'étais fan de Chuck Norris, entendons bien "vraie fan" et pas vilaine moqueuse qui, sous couvert d'admiration, se fout de la gueule d'un karateka de série B coiffé comme François Valéry. Et finalement, j'ai trouvé. Ou du moins, je pense avoir trouvé car il n'y a, selon moi, aucune autre explication envisageable.
Souviens-toi, lecteur fidèle, il y a quelques temps ici, les liens vers les blogs de mes copines 2.0 étaient rangés dans la catégorie "super-héroïnes plus fortes que Chuck Norris". Et voilà. Il a suffit de ça pour qu'un lecteur de passage se mette en tête que j'étais reéllement fan de Chuck Norris. Du coup, je me dis que ce lecteur croit peut-être aussi que mes copines sont vraiment des super-héroïnes, et là je serai mal barrée quand il m'enverra un mail pour me demander de lui arranger un rancard avec Super Jamie.
Autre anecdote qui vaut son pesant d'or et qui m'amène à conclure qu'en plus d'être bête, parfois le lecteur ne sait pas lire. ou n'aime tout simplement pas ça et se contente de lire seulement le titre et de regarder les images.
Un jour, je reçois un mail très long, un mail plein d'encouragements et de tentatives de réconfort, provenant d'une femme qui s'employait manifestement à m'expliquer que je finirai bien par me remettre de ce viol, même si c'était un moment difficile à passer.
Ah. Première nouvelle : j'ai été victime d'un viol.
Sympa de me prévenir car personnellement, je ne savais pas que j'avais été violée. Merde quoi, je suis la première concernée et même pas on me prévient, c'est dégueulasse moi j'dis.
Et bref, la lectrice en question poursuit son mail en m'expliquant qu'elle a elle-même été violée en sortant d'une soirée arrosée, que ça a été dur mais qu'elle s'en est remise et que moi-même, je reprendrai goût à la vie. "Courage Eve", qu'elle a dit.
Moi quand j'ai lu ça, j'ai littéralement flippé. Je me suis dit : "Mais QU'EST-CE que c'est que ça ? C'est quoi cette putain d'histoire de viol que j'aurais soi-disant subi ?!!"
Alors j'ai lu et relu mes derniers billets pour tenter de comprendre et je suis retombée sur ce billet là : "Traînée de force en boîte un samedi soir : comment j'ai survécu au pire". Un article que tu as le droit de lire (ou relire) et dans lequel, en résumé, je racontais comment je m'étais faite traîner en boîte par des potes et comment j'avais du m'efforcer de supporter ce concentré de tout ce que l'on fait de pire en matière d'anti-rock'n'rollitude, à savoir R'n'B à fond dans les amplis, clips MTV en boucle et pouffes sur les podiums. Voilà, le "pire" en question, c'était juste ça : les discothèques et leur ambiance de merde.
Seulement voilà, la lectrice pas futée qui s'est contentée de lire le titre de l'article, elle a vu "traînée de force", elle a lu "survécu au pire" et à partir de ça, elle s'est monté son petit film dans sa tête. Et en a déduit que j'avais fini dans une tournante sur le parking de la discothèque. Tu le crois ça ? nan mais franchement, si j'avais été violée la veille, tu crois que le dimanche, de bon matin, je me serais collée devant l'ordi avec mon café et mes croissants en me disant "Tiens, si je racontais à mes lecteurs comment je me suis faite violer hier soir ?". Ben la lectrice en question, elle a pas trouvé ça bizarre. Du tout.
Et donc, comme je suis quand même une gentille fille dans le fond (mais vraiment tout au fond hein, derrière la méchanceté, la mesquinerie et la languedeputerie), j'ai fait une réponse très correcte à cette femme en lui expliquant la méprise et en précisant gentiment que si elle était allée un peu plus loin que le titre dans sa lecture, elle aurait compris que, loin de parler d'un viol traumatisant, je me contentais de relater une banale soirée entre amis. Où personne n'a fini violé. Et je concluais même avec un petit message d'encouragement envers cette personne visiblement encore traumatisée par son vrai viol et en la remerciant tout de même de s'être préoccupée de mon non-viol. C'est dire si je sais être sympa quand je veux.
Authentique.
Et bref, des échanges de ce genre avec certains de mes lecteurs, j'en ai très régulièrement. je pourrais écrire un blog rien que sur le sujet. J'y parlerais des quelques dizaines de mails dont l'objet était de me demander si j'avais bel et bien prénommé mon enfant Rambo ou si c'était juste pour rire, de ceux de lecteurs préoccupés par le fait que je couche ou non avec certaines copines blogueuses ("Est-ce vrai ces histoires d'orgies lesbiennes avec vos amies parisiennes ?") (Evidemment que c'est vrai, tocard) et puis aussi et surtout les mails réguliers de personnes qui estiment que ce blog, c'est un peu du service public ("J'ai lu que ton père était adjoint au maire : tu crois qu'il peut me pistonner pour un job ?").
Bref, voilà...
Bon allez, je file, j'ai rencard au Club des Admirateurs de Chuck Norris avec Rambo, mon petit dernier. Croisez les doigts pour que je ne me fasse pas violer en route hein...













